« AU-DELᾹ DES MAUX» ou du sang et des larmes des uns et des autres Un roman de Noël KODIA-RAMATA Sur la guerre civile de Brazzaville

au-dela-des-mauxTout malheur national appelle un examen de conscience.

Ah ! La guerre ! C’est une violence qui ne fait pas dans le détail, qui ne distingue pas les visages, elle est au-delà de tout désir.

Ainsi même, le problème que soulève le dernier opus de Noël KODIA RAMATA :

« Au-delà des maux », parle de la guerre civile du Congo-Brazzaville des années 90, qui a entraîné dans l’échec toute une Nation et a laissé derrière elle de longues rancunes entre les partis, les régions, les ethnies et les citoyens.

Certains lecteurs fidèles reprocheront à l’auteur cette vue pessimiste, mais hélas !

Pendant ces années de plomb, il y eut dans tout le territoire une situation d’insécurité générale.

Le seul regard que l’auteur jette sur la guerre est d’une minutie remarquable, celui-ci décrit la décomposition d’un Etat, l’agitation dans la cité, l’émeute qui menace l’ordre. La violence éclate, flambe, s’installe, la peur règne.

Les enfants-soldats dans une euphorie paradoxale, dans un état d’irritabilité et de mélancolie stuporeuse, dû à la drogue et à l’alcool, sont maîtres de la cité.

Les villes prennent peur face à l’avancée des groupements des séditieux, la faction des contestataires, l’association des nuisibles et le soulèvement des invisibles.

Le livre s’ouvre sur la déambulation d’un personnage anxieux : Alexandrine N’Gom qui, dans un monologue intérieur se demande : « Pour entrer dans la démocratie pluraliste, faudrait-il que le sang et les larmes des autres coulent ? ».

Au-delà de ses misérables lamentations, la narratrice perçoit devant elle une inquiétude morbide.

Toute l’horreur et l’absurdité de la guerre civile du Congo Brazzaville nous apparaissent à travers les yeux de différents personnages tels que Atipo, enfant-soldat- qui « les yeux encore rougis et fatigués par la dose du matin » estime que : « cette guerre n’est pas la nôtre … Mais qu’avons-nous fait ? ». Stève, un autre enfant-soldat ajoute : « nous obéissons à des ordres qui nous conduisent vers la mort ».

D’autres personnages pittoresques défilent durant tout le roman, tel le chef André Mata que l’auteur décrit avec humour comme « notre Saddam Hussein congolais ».

Le général Athanase Mobébissi reconnait, à la fin de la guerre civile que : « Pendant trois ans, nous avons fait la guerre contre nous-mêmes ».

Parmi les traits généraux de ce bon texte, un portrait incontestable de la défaite de la démocratie, la liberté perdue des hommes libres.

Dans le courage inouï des gens de peu qui cherchent à s’en sortir, des gangs se forment, des clans d’enfants-soldats subordonnés à leur chef, par maintes survivances, sèment le chaos, ça et là.

Devant la chienlit, les hommes d’Etat eux-mêmes perdent visiblement beaucoup de leur enthousiasme. Les officiers d’état major, les gradés de troupe, participent au pillage. Triste destin en vérité pour le Congo Brazzaville, un pays en décombres. Les obus rythment le quotidien, accompagnés des rafales des kalachnikovs qui font régner la confusion les trois-quarts du temps.

Les viols sont épouvantables. Le trait en dit long sur les sévices imposés aux filles et aux femmes respectables. Le premier effet de rançonnages et de brimades obtenus, les hors-la-loi agacent le peuple vaincu. La fripouille criminogène marche dans la ville, au premier rang de toutes les troupes hétéroclites, mercenaires et autres paras-militaires, très dévoués à leur métier.

Le pis est que leurs chefs de partis y furent pour beaucoup de ces atroces massacres, horribles et stupides. Les ministères, les banques, les administrateurs sont devenus d’obscurs bureaux d’affaires, la magouille l’emporte sur les autres solidarités.

L’écriture de ce roman est une démarche d’introspection d’un haut intérêt, du point de vue purement historique et littéraire.

Ce n’est pas la moindre originalité de son travail : en tant qu’acteur, Noël Kodia a vécu ces moments de graves déboires. Il s’est investi en sauvant l’autre dans la vaste entreprise de reconstruction nationale, il ne s’est pas exilé comme beaucoup d’intellectuels parmi ses pairs. Docteur ès Lettres, il a poursuivi sa tâche, en donnant des enseignements de littérature en temps de débâcle à l’ENS de Brazzaville.

Pour l’auteur, le peuple congolais est sien, il n’en connaît point d’autre.

Sur le plan littéraire, l’auteur est un observateur méticuleux, un pur feuilletoniste. Il décrit des personnages ingénus au possible comme le pauvre Bakani, pris au dépourvu dans cette tourmente, victime de la fatalité du destin.

La tragédie des amants maudits, la liaison de Stève et de Ma Bouesso, un huis-clos, demeure vivace, tout au long du livre (à l’impossible, nul n’est tenu).

Noël Kodia, peintre du réel, ironique, face à un cadre étriqué où s’emmagasine un vide, à travers lequel une sorte d’apathie laisse échapper toute grandeur morale.

Par son extraordinaire puissance technique, l’auteur rend compte de cette énorme tuerie en évoquant le choc trop prolongé d’images crues.

« La nuit, un feu d’artifice sur fond de balles déchirant le noir de la nuit » : cette poétique met en avant, que ce soit au niveau du mot ou de la phrase, le mouvement.

Chez Noël Kodia, on note un rythme sensuel aussi évident, aussi spontané que peut l’être le rythme de la respiration. Les champs d’application grammaticaux et stylistiques sont choisis par l’auteur pour leur récurrence et leur pertinence dans « au-delà des maux », afin de permettre un réinvestissement d’un chapitre à l’autre.

Du début à la fin de la narration, la fonction du miroir est d’illustrer une expérience de dépossession, annonce de la mort ou de la renaissance sur un autre plan d’existence.

Ramata Kodia

Ramata Kodia

Le Docteur en Sorbonne, Noël Kodia-Ramata, doté d’une vaste culture d’humaniste a travaillé avec des collectes, des monographies, un catalogue raisonné en historien de la littérature. Il a la noblesse de ces chercheurs pourvus d’une rare probité morale.

En tant qu’acteur et narrateur, l’auteur est en pleine évocation déclenchant le mécanisme descriptif qu’il a vu autrefois sous ses yeux, notamment des scènes d’horreur.

Pour ce récit, ce qu’il imagine comme matériau est une perspective du percevant, tous ses souvenirs sont un mouvement d’éclosion, un pur surgissement.

Il a vu et se souvient. Ces descriptions fortement dynamisées sont justement le lieu de l’événement. On est dans Sophocle ou plutôt dans une sorte de bolge dantesque, « la divine comédie », c’est l’écroulement final du Congo Brazzaville, Nation maudite qui ressemble à un promenoir d’elfes, une clairière de sabbat.

Les lieux décrits dans « Au-delà des maux », invitent au déploiement des contraires, l’ouvert, le clos, l’ombre et la lumière, pôle ténébreux, pôle solaire, tout un jeu d’oppositions et d’ambivalence.

Ce pays est aussi lié à la perception subjective des personnages. Afin de préserver cette épopée soutenue en dialogue vrai, Noël Kodia-Ramata cultive la distance comme un art de vivre, il disparait derrière son œuvre.

« Au-delà des maux » de Noël Kodia-Ramata , éditions Langlois Cécile, 190 pages, 13 euros

Dina Mahoungou                                                                               le 21 novembre 2016

Ecrivain et journaliste médias

 

 

Diffusé le 22 novembre 2016, par www.congo-liberty.com

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3 réponses à « AU-DELᾹ DES MAUX» ou du sang et des larmes des uns et des autres Un roman de Noël KODIA-RAMATA Sur la guerre civile de Brazzaville

  1. Isidore AYA TONGA, autonomie... dignité dit :

    Zoos humains – Déshumanisation : le dictateur sous-traitant négrier Sassou Nguesso exhibe les congolais comme du bétail humain.

    Dans tout le pays et plus particulièrement dans la Région du Pool, à Brazzaville et à Pointe Noire aussi – le peuple ou plutôt les sous-hommes congolais sont désormais accoutumés à toutes sortes d’exactions et à toutes formes de déshumanisme.

    Le sous-traitant négrier dictateur Sassou Nguesso a promulgué, le 6 novembre 2015, sa 5e constitution qui, aux yeux des humanisés – est fichée comme la constitution la plus déshumanisée au monde. Le dictateur s’en rejouit d’ailleurs puisqu’il applique sans scrupule, les articles 10, 95 et 96 de sa nouvelle constitution.

    Par ailleurs, si être humain est l’absence de toute dignité, alors les congolais sont des humains.
    Mais ce raisonnement n’a qu’une apparence de vérité: le comportement des congolais est en fait dicté par leur indignité, de sorte que les congolais ne peuvent pas s’empêcher d’être indigne comme ils sont indignes.

    Le dictateur sous-traitant négrier, commande le déshumanisme au Congo Brazzaville, les congolais obéissent par indignité ou par la perte de leur dignité causée par la dictature : loin d’être le modèle de l’humanisé, les congolais sont l’incarnation d’une totale servitude à l’indignité. On ne peut parler d’être humanisé que pour un être qui s’est affranchi d’indignité et de déshumanisme.

    Pour être humain, il faut pouvoir choisir d’être libre et digne ou indigne. Seul donc un être qui s’est débarrassé de la tyrannie de l’indignité peut remplir les conditions minimales de l’accès au stade d’humanité et ou voire supérieur d’humanité.

    Je soutiens que c’est précisément là le rôle de l’éducation: elle a pour but premier d’humaniser et de discipliner les indignes, c’est-à-dire de réduire au silence la tyrannie de l’indignité pour que les congolais ne se contentent pas d’obéir à ce que leur indignité commande. Par conséquent la seule solution à ce problème à la fois anthropologique, culturel et sociétal – c’est que les femmes et hommes politiques congolais soient aussi acteurs et victimes de leur propre indignité.

    Alors les congolais seraient-ils traités comme du bétail humain ? Oui, certainement !!! Les congolais seraient-ils devenus des animaux ? Oui, c’est à peu près cela, et le dictateur, un marchand d’animaux congolais.

    Il a depuis un an ouvert d’ailleurs des ménageries au public. Il organise régulièrement maintenant des expéditions itinérantes de chasse à l’homme dans le Pool – et aussi partout dans les quartiers sud de Brazzaville et à Pointe Noire.

    Ensuite il lèguera peut-être à son fils Kiki poursuivre l’entreprise familiale du déshumanisation du Congo Brazzaville. http://congo-objectif2050.over-blog.com/2016/11/zoos-humains-deshumanisation-le-dictateur-sous-traitant-negrier-sassou-nguesso-exhibe-les-congolais-comme-du-betail-humain.html

  2. Comment okombi peut il dire serein et appeler au dialogue, quand il est obligé de se cacher, sa famille et ses militants sont martyrisé et ses biens détruit. Ce que sassouffit et son clan cherche c’est la guerre totale

  3. David Londi dit :

    En lisant ces quelques lignes, j’ai la triste impression que l’Histoire se répète au Congo. Toute la scenographie restitue les mêmes angoisses, les peurs et l’impuissance des uns et des autres devant des scènes atroces que l’on nous sert chaque jour. Nous n’avons pas tiré des leçons de cette Histoire pourtant si proche que Sassou réécrit avec le sang du peuple déjà exsangue en 1997.

    Le remake de ce film se déroule encore une fois avec presque les mêmes acteurs et entretemps le peuple qui semblait avoir oublié revit le même cauchemar et toutes les peurs remontent en surface, tétanisé, il rejoint docilement ces prisons de la peur sur les murs desquels, Sassou repasse un coup de pinceau, revisite les serrures, vérifie la robustesse des portes et fenêtres pour ne laisser échapper personne.

    Las, le peuple ne réagit plus, il a développé des mécanismes de défense qui lui sont propres pour subsister dans cet enfer, l’indifférence. Il ne veut plus que l’on lui parle du Pool même si c’est à quelques kilomètres de Brazzaville. Il ne veut plus se creuser la tête pour chasser le tyran parce que le traumatisme de 1997 est encore présent. Cela, Sassou le comprend, le sait et c’est son arme fatale pour maintenir le statu quo. Ce ne sont pas les tanks, les hélicoptères ou les mitrailletes qui font sa puissance mais la peur qu’il a insidieusement instillée dans nos têtes, nos coeurs et nos vies. Chaque citoyen est le géôlier de son voisin, il s’autocensure et pour ne pas se sentir trop coupable, il avale le discours offciel vomi par la voix de son maître, Téléfoufou : « le Pool est déstabilisé par Ntoumi, le Terroriste », éléments de langages repris en choeur par certains de nos pseudo-opposants.

    Alors l’on prend son mal en patience attendant un hypothétique « Deus ex machina » qui viendra le délivrer de ce tyran, ce Sphynx qui n’a pas encore rencontré son Oedipe. Il a seulement oublié quelque chose d’essentiel : la Liberté ne se donne pas, elle se conquiert et ce combat a un coût. Tôt ou tard nous devrons payer ce coût.

    N’exorcisons pas notre impuissance en nous abrtitant derrière la lâcheté de la France, ce pays défend ses intérêts et le bien-être de son peuple, nous n’en sommes pas.

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