L’IMPERATIF DE CREER UN GRAND GROUPE PETROLIER AFRICAIN. Par Louis Yvon MBANZOULOU

Le pétrole est une ressource stratégique qui a encore de l’avenir malgré l’approche du pic-oil dans quatre décennies. C’est autour d’elle qu’une bonne partie de la géostratégie mondiale du XXème siècle s’est dessinée. La maîtrise de cette ressource, de son exploration onshore ou offshore à sa commercialisation en passant par sa production et son raffinage est un enjeu de taille pour toute puissance économique. En conséquence, posséder cette ressource en abondance c’est compter parmi les pays les plus importants de la planète. Il ne peut donc échapper à tout pays producteur de pétrole de ne pas en avoir la maîtrise de la même façon que les pays les plus avancés. Ne pas ambitionner, ne pas concrétiser cette maîtrise c’est trahir le pays et se soustraire à l’obligation de le développer.

Il est déplorable qu’en 60 ans d’indépendance au sud du Sahara, aucun groupe pétrolier africain pouvant concurrencer les géants comme Total, BP, Shell et assurer la maîtrise de toute la chaîne de valeur sur les hydrocarbures n’a pu voir le jour. Pourtant la plupart des huit pays producteurs de pétrole dans le golf de Guinée – neuf si on ajoute le Tchad – tirent l’essentiel de leurs recettes budgétaires de cette filière. Mais les gouvernements successifs préfèrent se soumettre à la corruption et au dictat des firmes pétrolières occidentales en privant leurs pays des plus gros bénéfices. Des comptent offshores sont ouverts au nom des chefs d’Etat pour leur enrichissement personnel et des menaces de destitution leur sont adressées lorsqu’ils ne veulent pas coopérer. Mais c’est un classique du monde des affaires : là où il y a de l’or, on ne veut pas y voir des nouveaux venus. Cependant quand on travaille pour l’intérêt général on développe une intelligence capable de déplacer les montagnes, même les plus hautes. Autrement dit, aucune adversité, aucune agression extérieure ne peut ébranler la volonté d’un Peuple Uni qui veut profiter de ses ressources naturelles. C’est ainsi que l’Algérie a créé la SONATRACH dès les premières années de son indépendance, non pour se limiter à la commercialisation de son brut comme le font les sociétés pétrolières sub-sahariennes mais pour explorer, produire et raffiner. C’est pourquoi l’Algérie a trois fois plus de recettes budgétaires venant de son pétrole que le Nigéria qui en est pourtant le premier producteur du continent.

Le Diable, dit-on, n’entre dans une maison qu’avec la permission ou la complicité de son propriétaire. Une maison bien tenue ne peut être percée par des flèches ennemies. En Afrique, nous avons fait le choix de la géopolitique ethnocentrique c’est-à-dire de la division au détriment de l’unité nationale véritable. C’est pourquoi les multinationales occidentales jouent de nos divisions pour nous manipuler. Notre sous-développement se trouve là, dans nos têtes ; il ne nous est imposé que parce que nous le permettons nous-mêmes. Les discriminations par exemple entre fils d’un même pays ont un effet boomerang indéniable. Il est difficile à celui qui est discriminé et frustré de refuser une « aide extérieure » qui lui permettrait de prendre le dessus sur ses discriminateurs, même s’il sait d’avance que cette pseudo-aide est liberticide et compromettante pour son pays. Ce fut le cas par exemple pour Laurent Désiré Kabila. Bien qu’on ne pût douter de son patriotisme, il accepta tout de même de chasser Mobutu sous des conditions antipatriotiques de bradage de souveraineté.

CREER UN GRAND GROUPE PETROLIER AFRICAIN

Lorsque Nicolas Sarkozy dit que l’Afrique n’est pas encore entrée dans l’histoire, les intellectuels africains s’offusquent et parlent de son ignorance en lui rappelant l’Egypte antique et la période des grands empires qui ont succombé aux razzias négrières de toutes parts. Ce que j’ai compris dans cette phrase irrespectueuse c’est que l’Afrique ne compte en rien dans le monde contemporain dominé par les multinationales et l’expression d’une présence réelle sur tous les plans (industriel, économique, diplomatique, agricole, militaire, commercial, etc.). On ne vit pas au passé mais au présent en construisant un futur toujours meilleur.

Mon plaidoyer dans cet article est que quand on a des ressources minières, il est impératif et vital de savoir les exploiter soi-même. Aujourd’hui toutes les technologies du monde sont à portée de main pour quiconque veut se les approprier. Notre problème demeure donc celui de VOULOIR AVANCER à l’instar des autres peuples. La puissance, il faut la désirer avant tout dessein d’adorer Dieu ou d’aller au ciel. Les batailles du développement sont sur terre et c’est sur terre qu’il faut les mener.

A ce jour je ne connais pas de grand groupe industriel africain pouvant rivaliser avec des géants occidentaux ou asiatiques, quel que soit le domaine d’activité (BTP, Energie, Mines, Eau, Electronique, Mécanique, etc.).

Les pays qui affichent une certaine ambition sont souvent découragés par la constitution d’importants capitaux de départ au regard de leurs maigres budgets. Car cela peut être effrayant de savoir que la capitalisation boursière actuelle d’une multinationale comme Total est de 108 Milliards d’euros. Il faut se rassurer qu’elle était bien moindre à sa création. 2 à 5 Milliards de dollars sont suffisants pour créer un groupe industriel de grande importance.

Il y a cinq sous-régions en Afrique qui sont autant des zones économiques où peuvent se développer des joinventures et des multinationales pouvant combler l’inexpertise des Africains dans bien de domaines. L’union fait la force et nos micro-économies n’ont pas à se rivaliser les unes aux autres sans ambitions de grandeur ni d’expansion. Il faut éviter les grands gâchis comme les projets Inga en RDC qui ont été minimalistes par rapport à la capacité et aux bénéfices qu’on pouvait en tirer.

Quatre pistes peuvent être explorées pour constituer un ou plusieurs groupes pétroliers africains. Toutefois, un seul est préférable dans un premier temps pour atteindre l’objectif d’indépendance énergétique continentale :

  1. Création d’un groupe pétrolier par les quatre grands producteurs (Libye, Algérie, Nigéria, Angola) et autour desquels d’autres pays peuvent s’agglomérer
  2. Création d’un groupe pétrolier dans chaque sous-région (Nord, Sud, Centre, Est, Ouest)
  3. Création d’un groupe pétrolier par les neuf pays producteurs du golf de Guinée
  4. Création d’un groupe pétrolier par les cinquante-quatre Etats Africains

Les participations de chaque Etat peuvent être égales, proportionnelles au PIB ou inégalement libres selon l’effort budgétaire de chacun. L’expertise algérienne, angolaise et égyptienne en matière d’hydrocarbures sont des acquis sur lesquels on peut déjà s’appuyer. D’autres multinationales continentales peuvent être créées de la même façon pour que dans les deux décennies à venir la part des sociétés non africaines dans l’exploitation de nos matières premières soit réduite au maximum.

Cependant s’il peut sembler difficile de se rassembler en plusieurs pays pour former des grands groupes industriels, chaque pays peut s’organiser esseulement en prélevant chaque année 5 à 10% de son budget pour constituer les capitaux nécessaires à la création des entreprises devant lui permettre de s’affranchir des multinationales extérieures.

C’est de la volonté de faire les choses par soi-même qu’on acquiert réellement son indépendance. Le cas du Japon et de la Chine nous sont bien parlants. Un pays qui finance essentiellement son train de vie par l’argent qui lui est versé par les multinationales des pays impérialistes ne peut se dire indépendant. Le respect de l’Afrique passe par la maîtrise de son destin, et en premier par le contrôle intégral de ses ressources naturelles devant lui assurer cette maîtrise. L’Afrique doit impérativement sortir de la dépendance des multinationales occidentales et orientales qui lui imposent les partages léonins les plus humiliants. Sur les contrats en cours, il serait judicieux dès à présent de les renégocier au dessus de 50% et refuser d’être en dessous de ce seuil. Le ciel ne pourra tomber sur un peuple uni et déterminé.

Par Louis Yvon MBANZOULOU 

Diffusé le 03 août 2017, par www.congo-liberty.com

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13 réponses à L’IMPERATIF DE CREER UN GRAND GROUPE PETROLIER AFRICAIN. Par Louis Yvon MBANZOULOU

  1. le fils du pays dit :

    Mr Mbanzoulou,excellent article.Un Massamba débat,manager hors paire au commande aurait longtemps mis sur pied une structure de ce genre pour le pétrole Congolais hélas le Congo a été im pose un indécrottable,idiot,incompetent et surtout faineant qui attend que les chinois fassent leu développement et lui donnent un peu.Le President Massamba Débat aurait réuni toutes les ressources humaines Congolaises et les aurait mises au travail.Ah..ah Ngouabi tu as commis une grosse bêtise d’emmener au centre du pouvoir cet indécrottable personnage qui a fini par t’assassiner, le president Massamba Débat et la lumière.Putain,plus de 250 milles millards de petrocfa tout a été dilapide par Mr Sassou,sa famille, ses amis et ses courtisans.Aujourdhui, on parle d’un Congo en faillite.Incroyable mais vrai.Il faut absolument ouster ce cancre.

  2. VAL DE NANTES dit :

    L’IMPÉRATIF DE FAIRE PARTIR CE NENUPHAR DU POUVOIR ; c’est ce que attendent tous les congolais .LE CONGO est devenu comme un orphelin à cause de la folie d’un broussard , qui en a fait sa chose .

  3. Jawad dit :

    Un tel projet révolutionnaire ne manquera pas de placer le viseur des puissances étrangères sur les pays africains concernés, voir d’inciter à l’élaboration des stratégies impériales en tout genre, au sein des think thank néocolonialistes. En tous les cas ca mérite au moins de faire l’objet d’un débat de fond, au niveau des instances de l’UA. Mais tant que l’Afrique ne possédera pas une monnaie unique, sans oublier la mise en place d’une armée panafricaine puissante pouvant concurrencée l’OTAN, tous les rêves seront permis sur les réseaux sociaux. Surtout lors qu’il s’agit du nerf de la guerre économique mondiale qu’est le pétrole. Qui se souviendra encore que la Libye de Kadhafi travaillait à la création d’une monnaie panafricaine appelée Dîna Or, d’une compagnie aérienne africaine, d’un FMI africain, du financement de plusieurs satellites de communication africains et j’en passe ? La suite on la connaît. Le même constat peut s’effectuer avec le Venezuela de Chavez et Maduro qui était le fer de lance du mouvement panaméricain, pour l’unification de l’Amerique Latine, sur tous les plans. Le résultat aujourd’hui c’est que le pays fait l’objet d’une tentative de déstabilisation, par les services secrets occidentaux, via la société civile américanisée traitre à sa patrie. On est entrain d’expérimenter à Caracas les techniques de subversions de la c i à, les dites Révolutions Colorées, dont le Printemps Arabe avait déjà servit de couverture médiatique en Libye.

  4. LE CANNIBALE SASSOU, L'ENFANT CHERI DE LA FRANCE dit :

    RFI parle de la dette du Congo qui passé 120% de son DGP, ceci me fait rire, tout un congolais le sais très bien que 90% de l’argent du Congo a été volé par la France. Et d’ailleurs peser la question a ce même journaliste que pense t’il du criminel le plus redouble d’Afrique au nom de sassou, il va sauter la question, car l’objectif ici c’est celui de salir l’image de la CHINE. Si la France le savait que sassou est troue vide pourquoi le coup d’état de 1997 ou le soutient de Hollande pour le referendum illégale de sassou. LA France TU TROMPERAS CELUI QUI VEUT SE FAIRE TROMPER.

  5. zulubassemba dit :

    vous savez les gar? nous avons des inresponsables hommes politique la plus grosse ereur que nous avions commise est de choisir le socialiste scientifique au lieu de Bantous.Voilà le grand souci

  6. zulubassemba dit :

    tout pour nous rien pour le peuple.Voilà

  7. Kouakou dit :

    Tout le monde sait que les occidentaux en general et la France en particulier ont basé le développement économique de leurs pays sur le pillage des matières premières des pays africains via leur nombreuses multinationales installées en Afrique. A cela s’ajoute aussi de nombreuses bases militaires qui sont là pour jouer le rôle de policier et être ainsi réactif si besoin. Donc, nous africains devrions savoir que vouloir mettre en place des grandes structures pour concurrencer les leurs c’est s’attirer les foudres de ses puissances impérialistes occidentales. Ainsi, l’accent pour nous africains doit aussi être mis sur la fabrication des armes militaires par nous même afin de protéger nos pays et faire face à cette guerre qui nous sera imposée. Les occidentaux ne sont pas prêt à renoncer à une partie de la qualité de leur vie qui est directement liée à l’exploitation des pays qu’ils contrôlent via nos chefs d’Etats qui ne sont autre que des véritables chien de chasse ou des pantins contre leur propre peuple. Enfin, je dirais que vouloir contrôler tout le processus, de la prospection, l’exploitation, la fabrication et la commercialisation de nos matières premières est une bonne chose. Pour cela, il faut que les chefs d’Etats qui vont oser aller sur cette voie aient vraiment été choisis par le peuple. De cette façon, le peuple ayant compris l’enjeu pourra faire face et apporter le soutien nécessaire à celle ou celui qui est aux commandes du pays.

  8. anonyme dit :

    Cette politique volontariste suppose que l’Afrique dispose de ressources humaines capables de maîtriser les différentes opérations de la longue chaîne de la recherche, l’exploitation et la commercialisation du pétrole. Combien de pays d’Afrique peuvent se targuer d’avoir des ingénieurs de qualité en matière de recherche pétrolière? Nous avons tous remarqué que les quelques  » cadres nationaux  » des sociétés pétrolières s’occupent toujours de la distribution que de la recherche.
    Aussi, la première chose à faire est de négocier la formation de nos cadres dans les grandes écoles européennes et américaines (IFP, …..etc.). La suite viendra avec une bonne organisation autour de l’UA.

  9. Loko Balossa dit :

    Cher Mbazoulou , certes il faudrait crée un grand groupe pétrolier Africain , lors que nous allons rétablir la république du congo . Mais le gros problème du chef barbare MBOCHI ,c’est sa gestion financière ,c’est un désastre . le plus gros hôpital de Brazzaville fermé faute des salaire .

  10. Val de Nantes dit :

    Le Congo a plus besoin de ces vrais fils que des solutions palliatives.La maladie chronique connaît que notre pays a un nom Sassou.Une fois guéri de Sassou,notre beau pays retrouvera son hymen ,pardon aux puritains,Son hymne national.

  11. Mwangou dit :

    Oui, il est nécessaire de réfléchir et dire, mais n’en disons pas trop comme l’ont suggéré de manière implicite, Le fils du pays, Kouakou et Loko Balossa. Si le chiffre avancé par le fils du pays peut paraître exagéré, je retiens de cela, comme Loko Balossa l’a dit, que le problème des pays de l’Afrique centrale surtout et du Congo en particulier, c’est l’absence de patriotisme des dirigeants politiques. Savez-vous quel est le budget de la présidence au Congo depuis 2006 par exemple jusqu’en 2016? Le fils du pays a mis le doigt où il fallait, pour dire que le temps n’est plus aux accusations ni aux regrets de ce qui aurait du être fait pour que l’Afrique soit autre chose que ce qu’elle est aujourd’hui. Quand un gouvernement dit avoir constitué un fond pour les générations à venir, c’est que les fonds encaissés étaient impressionnants; quand on annonce des budgets en terme de mille milliards, tenant compte de la population, on ne saurait se deviner devant la question de savoir qu’est ce qui a financé les fameux travaux si, au bout du compte, on apprend que le pays dont on a effacé la dette, est plus que jamais plus endetté, alors que les budgets successifs de l’État pouvait couvrir toutes ces dépenses? C’est ici qu’on devrait accuser des politiciens comme Dzon, lui qui a l’information assez exacte sur les finances du Congo pendant la période que je viens d’évoquer…
    Une entreprise pétrolière pour l’Afrique, la production des armes par l’Afrique …, là, l’analyse se fourvoie. Et si on affirme qu’à l’etat actuel des choses, ce genre de propositions doit donner des idées aux dictateurs, pour conforter leur dictature?
    Cet article de ce monsieur mbanzoulou, ne pouvait mal tomber, après la si opportune réflexion de londi, car on a l’impression qu’on veut encore nous distraire, devant l’urgence de la situation, et l’engagement qu’elle requiert de chaque congolais qui aspire au mieux être général dans ce pays.

  12. Mwangou dit :

    Lire se debiner, au lieu de se deviner…

  13. Anonyme dit :

    Encore un texte pour noyer le poisson « de l’alima » ou l’art de mettre la charrue avant les boeufs.
    Il est plus urgent de récupérer notre indépendance et d’instaurer une vraie démocratie en virant la mafia sassou.
    D’ailleurs je ne vois pas comment créer un groupe pétrolier de cette importance avec la bande d’abrutis qui nous gouverne ou plutôt nous asservi.

    Bien dommage que ce texte est pris position devant celui de Mr Londi, qui lui au moins apporte de vrais propositions sur le problème central du pays, comment virer sassou et ses sbires.

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