En mémoire d’Ernest Kombo rappelé par Dieu il y a dix ans le 22 octobre 2008.

Mgr Ernest Kombo

Par Hervé ZEBROWSKI

Monseigneur Ernest Kombo, le dernier prophète.

Dans son testament rédigé 10 mois avant sa mort Ernest Kombo écrit :

« Que les ancêtres et les saints, le Cardinal Emile Biayenda et Monseigneur Georges Firmin Singha par la miséricorde de Dieu et l’intercession de la mère du Sauveur m’accueillent auprès de Jésus miséricordieux. Béni soit Dieu ».

Mais pourquoi implorait-il tout particulièrement dans ce testament l’intercession de ces deux grands martyrs de l’Eglise catholique au Congo ? Parce que l’un et l’autre avaient nourri sa vocation sacerdotale, ils étaient proches l’un de l’autre,  Ils avaient le même âge et firent ensemble leurs études au séminaire.

Lorsque dans les années 70 Ernest Kombo, né en 1941, était étudiant à la faculté catholique de Lyon où il se préparait à devenir le premier jésuite du Congo, il avait cohabité avec le père Emile Biayenda (né en 1928). Emile Biayenda avait été lui-même envoyé à Lyon, surtout pour se soigner de terribles blessures tant physiques que morales qu’il avait subies lors de son emprisonnement par la junte militaire communiste du Congo-Brazzaville. Cruellement torturé lors de cette incarcération il devait sa libération à la très ferme intervention de son compagnon de séminaire le père Firmin Singha, né en 1925, originaire de Boundji dans la cuvette, non loin de la rivière Alima.

En 1973, lorsque saint Paul VI qui était alors le pape créa ( c’est-à-dire en langage courant « consacra » ) Emile Biayenda cardinal, ce fut Ernest Kombo qui fut le premier prêtre consacré à Brazzaville le 8 juillet 1973 par le tout jeune cardinal et premier cardinal d’Afrique centrale. Lors de son homélie, au jour de son ordination, le cardinal Emile Biayenda déclarera solennellement : «  Tu es jésuite. Le père et le fondateur de ton institut, Ignace de Loyola t’a tracé un programme méthodologique apostolique… ».En le nommant cardinal en 1973, le pape Paul VI avait donné à Emile Biayenda une mission très précise : sortir le Congo-Brazzaville de l’idéologie mortifère du socialisme scientifique, c’est-à-dire du dogme communisme niant l’intervention de Dieu dans la vie des hommes.

Ainsi, en s’engageant pleinement dans cette mission, de retour de Rome, la première chose que fit le cardinal en arrivant à Brazzaville fut de se choisir un solide disciple pour l’accompagner et l’aider à accomplir cette mission auprès des élites congolaises : Ernest Kombo.

Mais comment montrer à Rome et donc à l’occident chrétien que l’on est engagé dans une telle mission périlleuse et qu’on y réussit. De vagues discours et promesses ne suffisent pas. Rome exige. Rome veut des signes concrets témoignant de la réussite d’une telle mission. Et c’est par l’action du cardinal Emile Biayenda engagé auprès des hommes politiques  et du père Ernest Kombo engagé lui auprès de l’élite congolaise  que le président Marien Ngouabi reconnaîtra l’Etat du Vatican, quatre ans plus tard,  le 31 janvier 1977.

Dans ces années-là, rappelons-le, la République populaire du Congo-Brazzaville avait rompu ses relations diplomatiques avec les Etats-Unis et reconnu la République populaire de Mao Ze Dong. Coup de tonnerre et  joie à Rome. Stupéfaction dans toutes les chancelleries du monde occidental et joie partagée avec Rome. Consternation et colère dans toutes les chancelleries du monde communiste et plus particulièrement à Moscou et Cuba. Deux mois ne s’étaient pas écoulés depuis ce 31 janvier 1977 que  le président Marien Ngouabi, Emile Biayenda et Alphonse Massamba-Debat  étaient assassinés.  Ces trois géants de l’histoire du Congo Brazzaville s’étaient entendus pour que le pays retrouve la voix de la civilisation judéo-chrétienne sans laquelle ne peuvent advenir ni les droits de l’homme ni la démocratie.

Cependant la nature particulièrement odieuse de l’assassinat d’Emile Biayenda qui fut enterré vivant et de Massamba-Debat qui fut torturé et démembré indique clairement qu’il ne s’agit pas de crimes politiques mais de crimes rituels commis au nom d’une sombre mystique au service d’un gouvernement barbare nourrissant sa puissance des forces des ténèbres et de la mort. On peut dire que c’est en haine de la foi que Marien Ngouabi, Emile Biayenda et Massamba-Débat ont été sacrifiés, tous trois sont des martyrs chrétiens.

Quelques jours après l’enterrement vivant de Monseigneur Emile Biayenda, des hommes qui avaient participé à ce crime rituel d’un autre âge au cimetière d’Itatolo vinrent confier leur trop lourd péché au père Ernest Kombo. C’est alors que se noua encore plus intimement, autour de ce sacrifice humain, un lien entre le jeune prêtre Ernest et le compagnon d’Emile Biayenda qui se trouvait alors évêque d’Owando. C’est Monseigneur Firmin Singha qui ira à Cracovie informer Karol Wojtyla de la dimension rituelle du sacrifice d’Emile Biayenda qui n’était rien d’autre qu’une déclaration de guerre adressée au Vatican par Sassou Nguesso. Non pas une déclaration de guerre du camp communiste mais bien d’une déclaration de guerre d’une très sombre mystique étrangère au communisme. Firmin Singha et Karol Wojtyla, parce qu’ils partagèrent la douleur et l’inquiétude de ce sacrifice consenti par Emile Biayenda furent dès lors profondément unis. Monseigneur Firmin Singha fut pour Karol Wojtyla qui devint Jean Paul II en 1978, le solide pilier de l’Eglise catholique au Congo. C’est Firmin Singha qui recommandera au pape Jean Paul II de consacrer Ernest Kombo évêque en 1984.

C’est Firmin Singha, enfant du Nord, que Jean Paul II nommera à Pointe Noire en 1988 pour remettre de l’ordre dans ce grand diocèse. C’est Firmin Singha qui recommandera à Jean Paul II de nommer Monseigneur Ernest Kombo président de la Conférence nationale en 1991. C’est avec le soutien et les conseils paternels de Firmin Singha qu’Ernest Kombo présidera la Conférence nationale souveraine en 1991. C’est ensemble qu’ils décideront de l’organisation du scrutin auquel Sassou Ngusso fut autorisé à se présenter. Firmin Singha, enfant de Boundji, évêque de Pointe Noire, savait autant qu’Ernest Kombo que Sassou Nguesso ne ferait pas plus de 10% des voix comme il le fera aux dernières élections de 2016. La France, fille aînée de l’Eglise n’avait-elle pas promis, par la voix de François Mitterrand à la conférence de La Baule en 1990, que de la démocratie naîtrait le développement et que le développement permettrait d’entrer dans le cercle vertueux de la démocratie. Firmin Singha et Ernest  Kombo avaient cru à la parole de la fille aînée de l’Eglise : la France.

Humilié par les élections d’août 1992 et fou de colère, Sassou Nguesso  ruminait sa vengeance, elle sera terrible. Sassou Nguesso connaissait lui le vrai pouvoir de Firmin Singha.  C’était ce  grand-frère de l’Alima, ami de Jean Paul II, le vrai chef de l’ l’Eglise qui est au Congo, cet homme de Boundji  qui enfant avait été initié dans la sombre spiritualité du Khani des bords de l’Alima. Mais Firmin Singha, lui, avait été touché par le Christ. Il lui fallait donc lui aussi l’abattre.

Mais comment abattre ce puissant et bon grand frère qui, avec Ernest Kombo, s’opposait à sa mission diabolique : dominer le Congo en nourrissant le Khani du sang des Congolais ? Comment atteindre le Vatican au cœur ? Comment abattre l’héritage de la civilisation judéo-chrétienne qui seule permet qu’adviennent les droits de l’homme et  la démocratie ?

Il lui fallait continuer de terroriser le clergé catholique ou le corrompre. C’était ainsi qu’à Pointe Noire quelques prêtres étaient prêts à entrer dans cette corruption. Antoinette connait bien les prêtres du Binkoko. Ce sont eux qui allaient abattre Firmin Singha.

Dans d’atroces souffrances, après quelques mois d’un mal inconnu, le 18 août 1993, soit très exactement un an  après  les élections démocratiques d’août 1992, Firmin Singha rendait son âme à Dieu. L’assassinat  de Monseigneur Firmin Singha par des prêtres fut le premier acte de reconquête du pouvoir par Denis Sassou Nguesso qui n’a jamais cessé de dominer le Congo Brazzaville depuis le 22 mars 1977.

Durant les cinq dernières années de la vie d’Ernest Kombo je fus l’un de ses très proches compagnons. Et c’est ainsi que dans d’atroces souffrances, après une terrible agonie de deux mois, Ernest Kombo me confiera quelques jours avant sa mort: «  Tu vois Hervé je vais mourir sans estomac comme Firmin Singha ». Ce jour-là il me remit son testament dans lequel il dit aussi : «  je demande à l’Etat la grâce d’être inhumé au mausolée Marien Ngouabi, ainsi qu’à côté des restes mortels du président Massamba-Débat. » Ernest Kombo était le gardien de cette tragique mémoire de son pays ; il témoignait ainsi qu’il voulait reposer auprès des deux grands martyrs chrétiens que furent aussi Marien Ngouabi et Alphonse Massamba-Débat.

Le 25 juillet 2018, il y a à peine deux mois,  des individus passant à côté du cimetière d’Itatolo ont constaté que deux corps y étaient enterrés, certaines parties des corps restant apparentes.  La police a procédé à l’exhumation des corps : l’un fut identifié, il s’agit de  Lopa Ngatsé Chris,  le corps a été remis aux parents. L’autre n’a pas été identifié. Ont-ils été enterrés vivants dans ce lieu terrible ? Le rapport de l’observatoire congolais des droits de l’homme dit que le cimetière d’Itatolo est abandonné depuis longtemps. Aucune autopsie ne  dira jamais la cause de leur mort.

Mais qui se souvient des enfants de Chocona ? Pour les très nombreux Congolais habitant depuis des décennies en France et qui ont tout oublié du Congo, il convient de ramener ces chiffres à des dimensions parisiennes : les 17 enfants massacrés au commissariat de Chocona représentent 204 enfants massacrés dans un commissariat à Paris. Les deux enfants enterrés présumés vivants représentent 24 enfants enterrés présumés vivants au cimetière Montparnasse. Voilà la vraie mesure pour nous Congolais de France du massacre de Chocona que nous avons déjà oublié.  Nous sommes là au cœur de la tragédie des enfants de Chocona au mois de Juillet 2018. Aucune grand-messe ne fut  célébrée à la cathédrale de Brazzaville ainsi que le demandait le peuple chrétien du Congo. Le clergé congolais, ses évêques en tête ont abandonné leur mission prophétique. Ce ne sont plus les guides d’un peuple.

 

Emile Biayenda était la clé de voûte de l’Eglise catholique qui est au Congo, Firmin Singha, Barthélémy Batantu , assassiné lui-aussi à l’hôpital militaire de Brazzaville, Ernest Kombo en étaient les piliers. Le thanatocrate Sassou Nguesso a abattu cet édifice, il nous faut le reconstruire autour de nos grands martyrs :

Cardinal Emile Biayenda, Marien Ngouabi, Alphonse Massemba-Debat, Firmin Singha, Barthélémy Batabtu, Ernest Kombo : SANTO SUBITO.

 

Diffusé le 25 octobre 2018, par www.congo-liberty.com

LUMIÈRE SUR BRAZZAVILLE : Voyage au cœur d’une thanatocratie. Par Hervé Zebrowski

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5 réponses à En mémoire d’Ernest Kombo rappelé par Dieu il y a dix ans le 22 octobre 2008.

  1. Anonyme dit :

    Et le lavement des mains qui a permis de blanchir tous ces assassins dont le maléfique sassou qui martyrise encore aujourd’hui la population Congolaise a été inspiré par QUI ???

  2. Anonyme dit :

    L’église qui a absout, par l’entremise d’Ernest kombo, les assassins du peuple lors de ce « lavement des mains » devrait plutôt se repentir d’avoir fauté.

  3. Val de Nantes , dit :

    Cet épisode spirituel criminalisé ,pourrait expliquer la déperdition politique de notre pays..
    Sommes nous ,toujours prêts à aller aux élections présidentielles ,pour nous faire abattre comme des animaux ????.
    Ngouabi est mort du fait de cette fonction présidentielle ,et le tueur court toujours…
    Yombi se prend 11 ans de prison du fait de cette fonction….
    Lissouba et Sassou plongent le pays dans la pire catastrophe humaine…
    Sassou pille l’économie ,avec son corollaire des cadavres politiques…..
    Alors , ,avec cette litanie de souffrances , si ,on n’en a pas su mesurer la dangerosité ,cette fonction présidentielle va faire disparaître le Congo Brazzaville….

  4. Val de Nantes , dit :

    La présidence tournante à dose ethnique ,est une injure à l’égard de nos compatriotes…..
    En quoi ,un président vili , améliorerait łes conditions de vie de notre compatriote vili ???????…
    Etc,,,,,..
    Ce dont a besoin le citoyen lambda ,c’est la bonne qualité de la vie quotidienne……..
    Cette qualité n’est pas liée à la présence d’un membre de sa tribu au sommet de l’État…
    Étant donné que ,cette fonction divise le pays ,le mieux serait de la supprimer au profit d’un premier ministre encadré par les deux chambres basse et haute…..
    Mieux redéfinir les pouvoirs de l’exécutif ,en subordonnant ces décisions de haute à l’approbation
    majoritaire des parlementaires….
    Repartir ,comme des moutons ,aux prochaines présidentielles ,c’est faire preuve du sadisme national…
    Plus de président au Congo ,après Sassou ,le Congo n’en mourra point.Et surtout, le Congo économiserait des milliers de vies humaines…
    PRÉSIDENT ,ESSILI….

  5. Val de Nantes dit :

    Il faut commencer par constitutionnaliser la suppression pure et simple la fonction présidentielle.

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