La Norvège, championne de l’anti-corruption, file un mauvais coton au Congo de Sassou Nguesso. Par Rigobert OSSEBI

Dans le dernier classement de Transparency International, la Norvège a reculé encore d’une place : au 7ème rang ! Au regard de certaines relations d’affaires liées à l’Afrique, cela semblerait tout à fait justifié…

Les pays scandinaves s’étaient toujours partagés la tête de ce type de classement. La Norvège en était le plus remarquable car, important pays producteur de pétrole, elle n’avait pas succombé à la malédiction de la corruption liée à cette industrie. Les revenus qu’elle en a tirés n’ont pas été jetés dans la poche de la famille royale, comme c’est le cas avec les NGUESSO pour le Congo-Brazzaville. Un fonds souverain, a été créé et, avec plus de 1000 milliards de dollars d’actifs, il est devenu le plus important au monde.

Et ce pays nordique était d’autant plus exemplaire que ce fonds s’est imposé des règles éthiques très strictes lui interdisant d’investir dans des sociétés coupables de violation des droits de l’homme, de suspicion de corruption ou d’activités néfastes pour l’environnement.

Alors Oslo, la capitale norvégienne, avait pu légitimement en 2003 devenir le siège de l’ITIE (Initiative pour la Transparence des Industries Extractives). Jonas MOBERG en a été le premier Directeur Exécutif.  Avant l’ITIE, les gouvernements et les entreprises ne révélaient pas régulièrement leurs revenus. Depuis ses débuts, 2 400 milliards de dollars US de transactions ont été rendues publiques par les pays de l’ITIE, ainsi que d’autres informations portant sur la gouvernance du secteur extractif dans son ensemble dans plus de 50 pays. En ce début 2019, Helen CLARK, ancien premier ministre néo-zélandais, vient d’être nommée à sa tête ;  c’est dire le rôle important que l’on reconnaît à cette institution. Pourtant, il faudrait y regarder d’un peu plus près, particulièrement au sujet de la République du Congo.

Le Congo de Sassou Nguesso bon élève pour l’ITIE

L’Etat africain a rejoint l’ITIE en 2007 et bénéficie toujours du statut « en progrès significatif », ce qui est une aberration absolue de la part de l’institution. Les dérives de la gestion pétrolière congolaise n’ont jamais été plus importantes. Deux milliards de dollars de préfinancements accordés par des Traders (dont TRAFIGURA) avaient été cachés au FMI en 2017. L’ITIE souffre-t-elle de cécité ou a-t-elle été  abusée par sa représentation locale dans la très opaque dictature congolaise ? La production en barils/jour y est un « secret d’Etat (voyou) » très bien gardé et conforté par le silence et l’extrême discrétion de ses principaux opérateurs. L’on voit mal quel progrès significatif l’ITIE a bien pu enregistrer ?

De plus, le Congo ne répond pas à l’exigence de l’ITIE sur la Propriété réelle (identité véritable des propriétaires des entreprises extractives (notamment KONTINENT, AOGC, PETRO CONGO) ; Collecte des revenus (paiements fiscaux, redevances et primes à la signature provenant du secteur extractif) ; L’attribution des revenus (s’assurer qu’ils parviennent aux bons bénéficiaires) ; Négoce des produits de base (exigences de divulgation pour la première transaction entre les compagnies pétrolières nationales et les négociants).

Des agents libres de répondre aux chants des sirènes

Quant à des exigences éthiques pour ses agents et représentants, l’ITIE a fait aussi fort que le FMI notamment avec Yaya MOUSSA (ex-Représentant Résident à Brazzaville pour l’accord au Programme PPTE, reconverti dans l’exploitation pétrolière au Congo via sa société KONTINENT).

Jonas MOBERG, qui  fut très longtemps  le Chef du Secrétariat International de l’institution vient de passer, dans un incroyable « mercato », révélé par nos amis de PUBLIC EYE SUISSE, chez « l’ennemi » TRAFIGURA, trader historique de Sassou Nguesso) ; sans qu’apparemment l’ITIE ne s’y oppose, par un délai de quarantaine éthique d’une à trois années, de même que le FMI avait toléré les dérives de son ex-employé et n’avait voulu, ou su, imposer un même délai de retenue déontologique.

L’indignité est à son comble lorsque STRAUSS KAHN, ex-manager du FMI, est employé par une dictature pour infiltrer l’institution internationale qu’il avait dirigée et permettre le déblocage de capitaux, argent public, dont elle a besoin ; ou lorsque MOBERG peut mettre, au profit de son nouvel employeur TRAFIGURA, toute l’expérience professionnelle et le savoir qu’il avait acquis à le combattre…

TRAFIGURA et la très joliment efficace Aurélia

La société créée par feu-Claude DAUPHIN avait connu ses premières embellies grâce au retour au pouvoir du tyran congolais. Des liens très étroits et très amicaux se sont créés entre les deux dirigeants. Côté congolais Bruno ITOUA, qui présida la SNPC (Société Nationale des Pétroles du Congo) en profita et les consolida à sa manière dans la pierre parisienne. Côté TRAFIGURA, sa représentante officielle, Aurélia MENDES « Personne Politiquement Exposée », était déjà une relation particulièrement proche du couple présidentiel congolais. SASSOU l’appelait « Chouchou » et l’avait imposée à DAUPHIN, comme intermédiaire, à la satisfaction de tous. Les observateurs et les officiels au palais du dictateur, ne se posaient pas trop de questions quant au contenu de la petite valise à roulettes que CHOUCHOU oubliait, fréquemment, quelque part dans le bâtiment très bien gardé…

En 2015, TRAFIGURA alla très loin dans sa reconnaissance envers SASSOU-NGUESSO en difficulté financière ; le Trader allongea 500 millions de dollars en préfinancement de cargaisons futures dont il attend toujours le remboursement…

HEMLA

Bienvenue donc à Jonas MOBERG dans l’opacité des transactions pétrolières congolaises qui contribuèrent pour beaucoup à la brillante réussite de son nouvel employeur. Mais, il n’est pas seul dans ce cas : Gerhard LUDVIGSEN, CEO et un des membres fondateurs de la dynamique compagnie pétrolière HEMLA,  vient de plonger son doigt dans un pot de confiture congolais empoisonné .

C’est dans le marigot insalubre des permis de TCHIBELI-LITANZI, TCHIBOULA II et TCHENDO II, grâce à un très mystérieux et introuvable appel d’offre, que la compagnie norvégienne s’est retrouvée dans une association de malfaiteurs congolais, (Personnes Politiquement Exposées), et, comme nous venons de le voir, du Camerounais Yaya Moussa, ex-expert du FMI qui de 2005 à 2009 avait orchestré l’accès frauduleux de la République du Congo au Programme PPTE en janvier 2010 : une escroquerie à l’aide publique internationale de 5 milliards de dollars sous couvert d’un FMI [sous la direction de Dominique STRAUSS-KAHN, rappelons-le, aujourd’hui Consultant du dictateur congolais pour obtenir encore un plan de sauvetage (environ 6 milliards de dollars) du même FMI ]. La société KONTINENT, de Yaya MOUSSA, avait pour associé, au moins lors de sa création, José VEIGA https://www.globalwitness.org/fr/campaigns/oil-gas-and-mining/bailouts-and-bad-business-brazzaville/ qui est toujours pris dans les griffes de la justice portugaise pour des affaires de corruption notamment avec le ministre Gilbert ONDONGO, alors ministre des finances du Congo.

Certes l’opérateur de ces permis est la très brillante société franco-anglaise PERENCO appartenant à 100% à la famille PERRODO. Très proche de TOTAL, la compagnie a toujours hérité, au Congo-Brazzaville, de ses « rendus » (permis aux puits déclinants) sans que jamais l’on ne puisse avoir accès aux conditions de ces cessions. Les permis de TCHIBELI-LITANZI, TCHIBOULA II et TCHENDO II dans un premier temps avaient été reconduits au bénéfice de TOTAL, qui en était l’opérateur. Cependant à cause d’une dénonciation auprès de la S.E.C. (Securities and Exchange Commission) à New-York et auprès du Department of Justice américain à Washington, TOTAL et ENI (le pétrolier italien faisait partie de l’association) abandonnèrent leur participation au prétexte curieux que l’exploitation n’était plus rentable… Fallait-il que les associés locaux soient particulièrement véreux ?

Que HEMLA ait été informée, ou pas, de la cause réelle de la démission de TOTAL et d’ENI du partenariat dans TCHIBELI-LITANZI, TCHIBOULA II et TCHENDO II,  son voisinage d’affaires est particulièrement toxique et va bien au-delà du simple point de vue de l’éthique norvégienne.

Il ne fait pas de doute que dans le traitement de ces affaires pétrolières africaines, la Norvège conformément à ses principes et ses valeurs pourrait donner un très bel exemple à suivre par la France 21ème et l’Italie 53ème dans les classements de perception de lutte contre la corruption ; pour le plus grand bien de la population congolaise opprimée par le dictateur et ses complices…

Rigobert OSSEBI

Diffusé le 01 février 2019, par www.congo-liberty.com

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15 réponses à La Norvège, championne de l’anti-corruption, file un mauvais coton au Congo de Sassou Nguesso. Par Rigobert OSSEBI

  1. Val de Nantes. dit :

    Voilà les conséquences de notre penchant présidentiel.On l’adule pour ses performances en matière de vols croisés des deniers publics.

  2. SAMBA DIA MOUPATA dit :

    Quand on voit cet octogénaire qui se décape la peau , on comprend aisément le désastre de notre pays . Mais les vrai condamnable sont ces complices qui accompagnent ce fou furieux car un fou est pénalement irresponsable . Effectivement la corruption est le maître mot de sassou . ce dernier ouvre 120 comptes bancaires pour arroser certains blancs qui le soutiennent en occident , la cinquantaine des ses enfants qui exploitent le sous sol et dévaste les forêts congolaise , dont le drame humain qu’à subit nos frères de la cuvette Ouest dans la localité de kéllé où une fille sassou opère une exploitation d’or sauvagement causant 140 morts qui ont consommés l’eaux souillées . Enfin sassou paie ses faux opposants pour faire du cinéma c’est cas cas de parfait kolélas , Tsaty, Munari, Bowao, Dzon … Voilà comment sassou brûle nos finances , jusqu’à la banqueroute qu’il à plonger notre pays.

  3. Tsoua dit :

    Ne soyez pas surpris, la corruption est passée par là, sassou ne connait que çà

  4. Anonyme dit :

    Le système même de sassou est basé sur cette corruption, sans cela ce système s’écroule. Voila pourquoi il faut combattre tous ces collabos qui participent à son jeu macabre et par ce fait le maintiennent à flot.

  5. Val de Nantes. dit :

    Tout ce continuum de malversations financières ne pouvait que se produire au regard du néant instutitionnel dont se nourrit ce pays .
    Pauvre Sassou ,il ,n’en est pas la cause ,mais la conséquence criminelle des constitutions aussi imparfaites que diaboliques .
    Le permis de voler y est inscrit , c’est d’ailleurs l’un des attributs que lui conférent ces constitutions permissives.En plus ,de celui de massacrer ses compatriotes.
    Le reste est superfétatoire , car l’objectif d’une vie dorée paraît atteint .
    Et cette vie de Nabab en fait rêver plus d’un compatriote á court de munitions instutitionnelles.

  6. mwangou dit :

    @Anonyme : vous avez visé juste. Il faut je crois dire aussi que tant que les congolais vont le laisser les plonger dans la misère sans réagir, ce système a encore de l’avenir. Car ce système est alimenté par le budget de l’Etat, par la vente des matières premières. Et puisque les congolais acceptent de mourir de faim et d’absence de soins médicaux, ce qui est l’effet immédiat de cette corruption, on peut se souhaiter bien du courage dans cette lutte.

  7. Bulukutu dit :

    Eh Oui! Les Congolais acceptent tout. C’est notre principale faiblesse.

  8. Val de Nantes. dit :

    Et dire qu’ il y a des compatriotes qui ne trouvent rien á redire à ces instutitions criminogènes ,c’est horriblement gerbant.
    C’est ce personnel politique criminel et ces maudites instutitions dont manque l’honnéteté ,qu’ il faudrait jeter á la poubelle de notre histoire politique .
    Remettez le pays aux ingénieurs et vous verrez le miracle Congolais .
    Dans ingénieur ,il y a ,le mot génie .
    C’est l’homme des diagnostics et des préconisations.Le malade Congo peut se tirer d’affaire
    Ça peut le faire ,chers compatriotes .

  9. Val de Nantes. dit :

    La solution ne viendra jamais de l’homme politique congolais , mais d’un congolais érudit congolais ;je pense á mon valeureux compatriote : Patrick tsengue tsengue ,et ingénieurs de leur état .
    D’autres charlatans ,j’en doute .

  10. Anonyme dit :

    Quel homme politique Congolais actuel n’a pas trempé dans la mafia sassou-hyene ?. Tout ce beau monde est à virer il faut repartir d’une page blanche.

  11. Val de Nantes. dit :

    Une bonne compote politique mélangée des fédéralistes plus des ingénieurs ,c’est la garantie d’une belle vie au Congo Brazzaville .Car ,ils ont en commun le goût de la recherche des solutions organiques et non ,une appétence stérile pour des querelles enivrantes.
    Et c’est l’assurance d’être au balcon .
    Réfléchisez y, le post Sassou arrive á grands pas .
    Ne bégayez plus ,chers compatriotes ,notre pays est virtuellement mort.

  12. Val de Nantes. dit :

    Donnez á ce duo politique inédit ,la possibilité de résoudre cette équation matricielle dont ces troubadours ne trouvent aucune solution .
    Les vendeurs á la criée ne sont pas tous détenteurs des bons produits .
    Attention ,c’est maintenant .

  13. Val de Nantes. dit :

    Oui, certains congolais ont fouiné et ont trouvé les solutions politiques structurantes pour le pays.
    Mettez de coté ,vos instincts les plus bas ,tel que ;la jalousie intellectuelle .
    Reconnaître á l’autre les qualités exceptionnelles de réflexion est devenue une épreuve mentale pour certains.
    Quand vous allez á la cueillette des champions ,il y a toujours un premier qui en voit l’existence.
    Tout comme ,nous devons reconnaître les qualités manageriales de notre webmaster .Ce sont des exemples qu’ il faudrait louer pour l’avenir de notre pays.
    Personnellement,je n’hésiterais pas á lui confier une structure économique nationale .
    Arrêtons de nous ensorceler .
    Merci .

  14. Maclintoch dit :

    Mes chers internautes, la corruption a atteint des dimensions insoutenables a travers le monde a commencer en occident qui ne vit que de corruption( les exemples sont legions des guerres injustifiees, le terrorisme suppose, des injunctions sans foi ni loi, des proces farfelus au CPI, etc) . Les plus grandes institutions occidentales sont ancrees dans la plus grande corruption. Sassou fait ce que faisait Mobutu qui avait tellement corrompu le monde jusqu aux abysses, mais ou en sommes nous. Tout a une fin, le temps est maitre de tout. C est quand meme curieux que le Congo est moins mediatise a travers le monde. Nous attendons la suite ….

  15. Anonyme dit :

    Maclintoch
    « C est quand meme curieux que le Congo est moins mediatise a travers le monde. »

    Ce n’est pas curieux, c’est une volonté délibérée, c’est une omerta politique et médiatique notamment de la France et de son valet sassou. Mais ce qui est le plus curieux c’est qu’au temps de l’information et de la médiatisation à outrance nous ne sommes (notamment la diaspora Parisienne) pas capable de briser cette omerta médiatique. Nous n’intéressons personne parce que que nous ne faisons rien pour cela, nous attendons bien sagement une prise de conscience de nos bourreau et c’est la que la citation de Thomas SANKARA prend tout son sens mais avec un bémol tout de même c’est que de nos jours la médiatisation est une arme et que nous ne savons pas nous en servir:

    « L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère . »

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