Non, je ne me tairai plus, deuxième roman de Véronique Diarra

Voici un récit qui nous transporte dans la France contemporaine et multiculturelle avec tous les problèmes sociaux et sociétaux qu’elle pose au niveau du « vivre ensemble » des immigrés avec les Français, dits de souche. Non, je ne me tairai plus est l’histoire d’une élève noire, Audrey, vivant avec sa famille monoparentale dans une cité de banlieue et qui fréquente un collège où elle est la seule « fille de couleur ». Un récit pédagogique qui pousse à réfléchir sur les problèmes auxquels se confrontent les immigrés noirs dans leur pays d’adoption.

Au cœur de la nouvelle génération française

La majorité des personnages dans ce roman appartient à la nouvelle génération multiculturelle de la France du XXIè siècle où les jeunes sont confrontés à une acceptation réciproque. Et, c’est au sein de l’école que le roman nous plonge pour découvrir les antagonismes de quelques élèves sur fond de sentiment raciste. Audrey est prise à partie par une autre élève de sa classe, Zoé, Française « blanche », à cause de son identité d’immigrée noire : « En effet, à peine sortie du collège elle [Audrey] entend des insultes, des menaces, accompagnées de cris de singes et de rires sarcastiques » (p.22). De cette attitude malveillante de Zoé, se découvre une France multiraciale avec ses inégalités sociales. Audrey et sa famille vivent dans une cité d’immigrés dont les jeunes ont un comportement atypique. Une vie de banlieue en HLM avec tous les désagréments au sein d’une jeunesse en perdition. Et, Dylan, le frère, Audrey, évolue dans ce milieu : « Dylan a su s’adapter à ce milieu et gagner l’estime de Fred, caïd du gang haïtien, et se faire accepter » (p.12). Le récit nous introduit dans l’ambiance des jeunes des banlieues avec leur façon de vivre. Des révoltés dans une société qui, d’après eux, les marginalise. Dylan, le frère d’Audrey, ne peut accepter que cette dernière subisse la loi de l’intimidation à l’école, à cause de sa couleur. Son groupe de la cité va s’en prendre à Zoé qui ne cesse de harceler sa sœur, comme on le constate à la sortie du collège quand Zoé nargue Audrey : « T’as vu Karaba ? Je vais te planter ! Je vais te saigner, sale Negresse ! » (p.29). Mais quelle ne sera pas sa surprise quand elle va se retrouver devant Fred et sa bande de la cité ! Et, sous les menaces de ce dernier avec son groupe, Zoé comprend le danger qui la guette. Elle ne peut que supporter toutes les sales paroles que la bande à Fred lui déverse : « Alors, saleté, ça fait quel effet d’être la seule Blanche face à des Blacks ? (…) rappelle-toi, saleté, on sait qui tu es et où tu habites. Un conseil, oublie notre sœur sinon, nous, on ne va pas t’oublier » (pp.32-33). Mais, malgré ces menaces, Zoé va continuer à harceler Audrey.

La société française : le « vivre-semble » entre Français et immigrés

Dans ce roman, l’auteure nous fait découvrir la société française du XXIè siècle. Dans la cité d’Audrey, se remarque un mélange de nationalités : « Audrey s’était fait des copines (…) Zora, la Croate, (…) Océane, la Française, (…) Jamila, la Marocaine (…) Mina, la Pakistanaise… » (p.13). Si au niveau de la cité, Audrey semble être acceptée par ses amis, elle fait « tache d’huile » dans son collège où elle est une identité remarquable. Respectueuse et travailleuse en classe, Zoé ne peut l’accepter : « En classe, Audrey a de bonnes notes. Elle se tient bien, et en plus elle est jolie. Cela dérange Zoé qui veut la voir minable » (p.45). Elle profite de la situation d’immigrée noire de l’autre pour la déstabiliser et l’humilier. Elle publie, dans le hall de l’établissent, des photos compromettantes d’Audrey, prise à l’insu de celle-ci. Aussi, après enquête de l’administration scolaire, elle est déclarée coupable ; elle avoue son forfait et passe devant le conseil de discipline du collège. Avec cette affaire dans laquelle sont impliqués les parents des deux filles, se révèlent les problèmes posés par la cohabitation des étrangers avec les Français, dits de souche, dans cette société devenue multiculturelle et multiraciale. Certains préjugés rétrogrades de quelques Français vis-à-vis de l’immigré noir se trouvent confrontés à la réalité sociale et sociétale des cités de banlieues. Les parents de Zoé, en discutant avec ceux d’Audrey, découvrent une « autre femme » en la personne de Mme Siloué qui connait bien le droit : « Ma fille a été harcelée, salie. J’exige que Mlle Laporce [Zoé] soit renvoyée, sinon je porte l’affaire au tribunal, et je suis certaine d’avoir gain de cause » (p.63). On voit comment deux familles actuelles et très contemporaines défendent leurs enfants en fonction des aléas d’une société en pleine mutation dans le multiculturel.

Non, je ne tairai plus : un roman pédagogique de la France du XXIè siècle

Au-delà du comportement négatif qu’affiche Zoé envers Audrey, il y a, dans ce livre, une leçon de pédagogie dans les décisions prises par l’administration scolaire : Zoé est renvoyée du collège et sont aussi punis les mauvais amis de cette dernière avant de reconsidérer la dignité de la jeune Noire : « Audrey (…) prend l’assurance et réalise que justice est enfin rendue » (p.7980). Mais la véritable leçon d’humanisme dans ce roman est signifiée par le comportement de l’élève Laura Michard qui avait aussi subi les moqueries de Zoé. Les deux filles arrivent à s’entendre et s’invitent réciproquement chez elles, à la grande surprise de leurs parents. M. et Mme Michard découvrent la petite Africaine « [qui] est bien élevée, intelligente et cultivée » (p.83). Et quand les deux familles se fréquentent mutuellement, elles s’acceptent. Laura, qui est parrainée par Audrey, peut fréquenter ses amis de la cité sans problème. Elle découvre alors le mode de vie de ses amis immigrés et s’y intéresse. Elle comprend ensuite que ces derniers ne veulent pas perdre leur identité tout en participant au développement du pays d’adoption. Aussi, dans ce nouveau « vivre-ensemble », facilité par l’amitié entre les deux jeunes filles, s’ouvre une autre page de la société française du XXIè siècle qui prône le mérite. Dylan et sa sœur Audrey connaîtront une réussite sociale après leur bac, loin des tribulations racistes qu’avait réveillées Zoé à un moment de leur scolarité.

Non, je ne me tairai plus peut se définir comme un roman qui nous fait comprendre que la France des années passées n’est plus celle d’aujourd’hui. Si à l’époque de nos parents et grands-parents immigrés, la soumission était assumée, tel n’est pas le cas de la génération multiculturelle et multiraciale d’Audrey qui s’insurge contre certaines injustices sociales.

Noël Kodia-Ramata

  1. Véronique Diarra, Non, je ne me tairai plus, éd. Wa’wa, Paris, 2018. Son premier roman Shuka, la danceuse sacrée, a été publié auxéditions L’Harmattan, Paris, 2017.
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1 réponse à Non, je ne me tairai plus, deuxième roman de Véronique Diarra

  1. L'Amoureux des livres dit :

    Quel beau tableau peint par cette jeune femme. Bravo! Je vais acheter ce livre.

    Note: pourquoi les congolais.e.s ne commentent pas ce poste? C’est comme s’ils sont fauchés avec la lecture ou quoi?

    Je vous encourage d’acheter ce livre et de l’offrir en cadeau à vos enfants.

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