VIGILANCE POUR LA PATRIE ET LE DRAPEAU CONGOLAIS

Par Victor KISSAMBOU-MAKANGA

Hasard du calendrier ou non, la coïncidence ne pouvait mieux tomber. Au lendemain de la célébration de la Fête de la République, le 28 novembre dernier, M. Denis Sassou-NGuesso recevait une délégation conduite par le président de la FIFA, l’organe faîtier du football. Avec tout le protocole convenu, la République a distingué ses hôtes. Non sans couac dans les alentours du dispositif. Le hic est venu d’un groupuscule de citoyens, un fan club de circonstance, venu honorer Eto’o Samuel Fils et s’afficher avec l’homme aux trois ligues des champions de l’UEFA. Il est vrai que la carrière de la star camerounaise, s’étalant sur trois décennies, est plutôt flatteuse. Les raisons précises de cette démarche sont à la discrétion de ses initiateurs. Mais tout observateur sensé peut en déterminer les motivations, la nature du support présentant ledit « Fan club » en disant long. Le plus choquant est que ces jeunes gens arboraient des tee-shirts jaunes, avec un drapeau aux couleurs « rouge, jaune et vert », la bande médiane jaune étant en diagonale.

Aucun Etat au monde ne dispose de drapeau de cette forme, sinon qu’on peut soupçonner une ressemblance frappante avec le drapeau congolais. Et si les sérigraphes n’avaient fait que mal disposer les couleurs du drapeau national ? Là est le point d’achoppement, un énorme déficit de citoyenneté. Cette bévue intervient donc en plein pendant les festivités en l’honneur de la République. Elle s’ajoute au fait que les drapeaux congolais, aux couleurs variées, ornaient les artères de la capitale. Sur certains bâtiments, on trouve encore des drapeaux déchiquetés ou décolorés. Ceci n’est ni convenable ni recommandable. La fabrication d’un drapeau obéit à certaines normes, portant sur la couleur (code Pantone) et la précision des formes qui le composent. Le drapeau congolais ne devrait nullement faire exception. Dans une précédente publication datant de 2016, intitulée « Invite citoyenne au strict respect des symboles de la République », nous évoquions déjà cette préoccupante question. Lors des discussions qui ont suivi cette publication, un interlocuteur, membre d’une grande institution de la République, a reconnu que le drapeau alors décrié dans l’article, devrait désormais être celui du Congo. Sauf qu’aucune loi n’est venue étayer son assertion, ce mécanisme étant constitutionnel. Aussi, flottent concomitamment sur le sol congolais, des drapeaux inadaptés d’un côté et des drapeaux réglementaires de l’autre. Le mieux serait d’harmoniser les choses.

La journée de la République répond à une logique de la vie de la nation. Le thème retenu pour l’année 2019 se rapporte à la paix, et il s’agit assurément d’une noble perspective. Mais de nombreux citoyens se demandent pourquoi à ces occasions particulières, l’on n’honore pas d’anciens serviteurs de la République encore vivants, à travers des noms de places ou d’artères. En quoi le prestige des fonctions présidentielles exercées par Jacques Joachim Yhombi-Opango et Pascal Lissouba est considéré ? Qu’est-ce qui honore les anciens premiers ministres Henri Lopès, Louis Sylvain-Goma, Ange Edouard Poungui, Alphonse Souchlaty-Poaty, Pierre Moussa et Isidore Mvouba ? Qu’est-ce qui rend hommage à Alphonse Mouissou-Poaty, Justin Koumba, entre autres anciens présidents de l’Assemblée nationale ? Il en est de même pour les départements où se trouvent encore des anciens présidents de conseil. Sauf ignorance des décisions de justice, aucune des personnalités citées ci-dessus ne souffre d’une condamnation affectant sa dignité et sa respectabilité. Même si par extraordinaire des peines afflictives ou infamantes pouvaient avoir été prononcées, les dirigeants ont la magnanimité et le pouvoir discrétionnaire d’amnistier tout condamné. Ce ne serait donc pas superflu que toutes ces notoriétés sachent, de leur vivant, que leur action au service de la République a été justement reconnue par leurs contemporains.

La légendaire tradition d’hospitalité bantu nous amène à toujours honorer nos hôtes et nos bienfaiteurs. Est-ce pour cette raison qu’il se trouve à Brazzaville une « avenue Georges Balandier » autrefois dénommée avenue Orsi ? Tout en reconnaissant que certaines délibérations peuvent se prendre sans consultation populaire, à quel moment s’est fait ce naming ? Georges Balandier, disparu en 2016, fut certes un sociologue de renom, qui a fait beaucoup de travaux sur l’Afrique subsaharienne. Son rayonnement n’a peut-être pas dépassé les cloisons des amphithéâtres des facultés de sciences humaines. Son ouvrage publié en 1955 « Sociologie des Brazzavilles noires » n’est-il pas trop ancien pour qu’on lui consacre une reconnaissance perpétuelle? Dans le même esprit, un des gymnases rétablis à l’occasion des Jeux africains porte par erreur le nom de « Michel d’Ornano ». L’erreur est due au fait que la désignation de cette aire de jeu (Stade d’Ornano), installée en secteur militaire, ne comportait pas le prénom Colonna, de l’officier français qui avait combattu avec le général Leclerc dans les campagnes d’Afrique, et mort au Tchad dans les années 40. Michel d’Ornano quant à lui était un député français et un peu plus connu, car un stade de football porte son nom à Caen. Mais les deux personnages n’ont aucun rapport entre eux ni avec le sport congolais. Il a été rapporté que des sportifs congolais auraient souhaité honorer l’un ou l’autre des champions d’Afrique Balekita « Eusebio » ou Minga « Pépé » tous anciens pensionnaires des lieux. Il n’est pas utile de réclamer de la réciprocité dans ce genre de dossier, car chaque peuple ou chaque société a ses pratiques et principes en matière de valorisation des élites.

Pour finir, qu’il nous soit permis de relater deux anecdotes, sur des faits observés aux Etats-Unis, nation où les valeurs patriotiques sont quasi-sacrées. Sur le premier, on peut parler « d’une bataille » entre le chauvinisme français et le patriotisme américain. Un après-midi chaud de l’été 1992 à Fort Gordon (Géorgie), la quiétude des stagiaires qui font leur sieste est perturbée par un tonitruant « Vive la France! ». L’auteur de ce cri (de cœur) s’appelle Ian Forbes, il fait son service national et rentre d’un exercice très épuisant. Quelques jours plus tôt, Ian et ses collègues venaient de fêter le « 4th of July », la fête de l’indépendance des USA. Interpellé sur cette soudaine passion pour un autre pays, il répond qu’il est bourguignon par sa mère, qu’en France il n’aurait pas à souffrir comme il endure, et qu’il s’apprête à fêter le 14 juillet. Un autre collègue, typiquement américain en ce qui le concerne, lui fait savoir « Love America or leave it». Vu la tonalité avec laquelle il l’exprime, on peut traduire son propos par « ou tu aimes l’Amérique ou tu fiches le camp ». La deuxième histoire se passe en 1995 dans l’état d’Arizona, où un stagiaire congolais est en formation. Au cours d’une soirée culturelle, les drapeaux des pays de tous les stagiaires sont déployés. Stupéfait, le congolais ne voit pas celui de son pays. Le directeur du département étranger se rapproche de lui, et s’excuse du fait que l’école ne disposait que du drapeau – rouge – de la République populaire du Congo, changé quatre ans plus tôt, et qu’il venait à peine de s’en apercevoir. Ne voulant pas le choquer à cause d’un drapeau qui n’était plus officiel, ils ont jugé mieux de ne rien déployer et lui firent la promesse de remédier à cet incident. Trois jours plus tard, ils se rendirent à Tucson, à 120 kilomètres, pour acheter les drapeaux qui honorèrent convenablement le Congo. De tout cœur, nous souhaitons que ce propos invite entièrement les congolais à une noble vigilance citoyenne. Vive la République !

Par Victor KISSAMBOU-MAKANGA

Diffusé le 08 décembre 2019, par www.congo-liberty.com

Ce contenu a été publié dans Les articles. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à VIGILANCE POUR LA PATRIE ET LE DRAPEAU CONGOLAIS

  1. Ntima dit :

    Congo le sang et l’or du génocide.
    Après les crimes économiques de Denis Christel Sassou-Nguesso, dont les détournements permanens de fonds publics ne sont plus un secret pour personne, particulièrement celui revélé par « le rapport accablant de l’ONG Global Witness sur Denis Christel Sassou-Nguesso. L’organisation britannique, spécialisée dans la lutte contre le pillage des ressources naturelles, accuse le fils du président congolais de détournement de fonds public. Il est question de 50 millions de dollars. Denis Christel Sassou-Nguesso est déjà mis en examen en France, dans le cadre des « biens mal acquis ». Voici une autre vérité sur les agissements néfastes de l’autre enfant de Sassou Nguesso, le président illégal, autoproclamé, sanguinaire, revelée dans un récent livre par le docteur Dominique Kounkou, auteur « Génocide des Laris au Congo ». Claudia Sassou Nguesso est épinglée pour les » Crimes contre l’humanité, crimes de sang, pillages et recels des ressources de la République du Congo Brazzaville »comme son père:« Congo le sang et l’or du génocide » est absolument un livre à lire et à recommander.Les Sassou Nguesso sont un danger permanent pour le Congo. Que ceux qui ne cessent à soutenir la dictature ultra criminelle, sanguinaire de Sassou Nguesso,cautionnent les crimes odieux contre l’humanité, et l’incompétence caracteristique d’un homme affreux qui s’est accaparé depuis près de 40 ans de la fonction présidentielle et s’est revelé incapable de donner de l’eau, de l’électricité, du travail aux Congolais et leur assurer l’autosuffisance alimentaire, doivent enfin revoir leur position.Depuis son accession par la force à la présidence de la République du Congo le 8 février 1979 et ensuite en 1997 après 5 ans,Sassou-Nguesso n’a cessé de tuer en masse, de voler, d’installer la terreur, la misère au Congo. »La société civile est longtemps terrorisée par des assassinats, lesgénocides et enlèvements ciblés. « Denis Sassou Nguesso est un dictateur qui met en danger la vie,l’avenirdes Congolais et démocratisation de l’Afrique ». Est’il raisonnable de laisser encore Sassou Nguesso et sa clique de continuer allégrement,comme si de rien n’était commettre les crimes de guerre, les génocides, les crimes contre l’humanité, les détournement de l’argent du pétrole , des matières premières et des Biens Mal Acquis? Il faut encore continuer à » ménager l’assassin ,le criminel, génocidaire Sassou-Nguesso, au détriment de la libération du Congo? Comment le Congo peut’ il se permettre de laisser un assassin ,le criminel, génocidaire et incompétent et sa clique diriger le pays? Cela dépasse l’entendement humain. Il est vraiment temps de stopper par tous les efforts conjugués la dictature Sassou et prévenir ainsi de nouvelles violences au Congo et dans la sous région.

  2. Maclintoch dit :

    Merci mon cher Victor pour cet article aussi bien redige. merci aussi pour ces deux anecdotes. Vos pensees sont nobles et justes, mais j’ai bien des doutes qu’avec la flambee de la corruption , des antivaleurs et consort qui sont devenues des Nouvelles valeurs de la republiques, que votre discours tienne la route dans notre tres et cher beau pays.
    Une fois de plus merci.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.