Maître Aloïse MOUDILENO MASSENGO, Intellectuel et passeur de sens de la Résistance congolaise, « yenda mboté !»


Par Noël Magloire NDOBA

Il est sans doute une maxime bantoue qui, parmi bien d’autres, prend plus de sens lorsque l’on est concerné : « L’événement grave ne nous laisse pas choisir son temps». Ainsi en est-il pour beaucoup d’acteurs dans les rangs des Assises Nationales du Congo et dans les autres forces vives de la Résistance contre la dictature qui plonge le Congo dans les abîmes depuis le coup d’Etat de 1997. Ainsi en est-il, en effet, du décès de Maître Aloïse Moudileno Massengo, survenu le 6 janvier 2020 à Nancy , en France.

En décembre 2019, à Paris, nous aurions pu voir ou revoir cet homme qui, en France, fut le tout premier avocat issu de l’ancienne Afrique Equatoriale Française. Nous aurions pu l’entendre, lui, l’aîné, à l’occasion d’un colloque, aux côtés de trois de ses cadets, trois autres personnalités congolaises qui ont marqué l’histoire de notre pays, chacun à sa manière. En l’occurrence, l’économiste Jean-Edouard Sathoud ( le Président d’honneur des Assises) l’homme politique Ernest Ndalla Graille( exilé politique et auparavant deux fois condamné à mort) et l’avocat et homme politique Jean-Martin Mbemba ( en exil, et frappé d’une peine de prison de 10 ans par contumace depuis les procès staliniens brazzavillois de 2016). Un colloque autour de ces intellectuels que la sagesse a conduit, il y a quelque temps, à s’accorder pour atteindre un but commun : transmettre les vérités sur la politique congolaise aux générations présentes et futures.

Aujourd’hui nous ne pouvons qu’imaginer comment Maître Moudileno Massengo aurait alors transmis son art et sa science. Comme il savait le faire depuis 1972 (malgré tout), s’agissant de cette chose qui est la plus précieuse et la plus rare dans le Congo actuel: le sens de la Résistance contre la dictature. Nous aurions su à quel point il connaissait l’expérience du plus grand Résistant congolais « lettré » : André G. Matsoua. Et nous aurions été pénétrés de lumière sur la personnalité centrale du colloque : Jean Félix-Tchicaya. Celui-ci qui est probablement le plus grand des grands hommes politiques de l’histoire du Congo. Gageons que Maître Moudiléno aurait été de notre avis et qu’il aurait illustré cette vérité en rappelant les résultats ci-dessous de la dernière élection du député du Territoire du Moyen-Congo ( notre Congo actuel) à l’Assemblée Nationale de la République Française, le 2 janvier 1956 (par ordre de mérite) :

1erJean Félix-Tchicaya, 45976 voix (31%). Unique élu de notre pays à l’Assemblée Nationale Française ;

2eJacques Opangault , 43193 voix (29 %) ;

3eFulbert Youlou , 41084 voix (27,7%) ;

4eSimon-Pierre Kikhounga-Ngot, 8804 voix ;

5eStéphane Tchitchelle, 4700 voix ;

6eHervé Samba Delhot, 1900 voix ;

7eFélix Malekat, 783 voix.

Les organisateurs du colloque que nous évoquons avaient décidé de le reporter pour janvier 2020. Est-ce pour commémorer l’anniversaire de la mort d’André Grenard Matsoua constatée le 13 janvier 1942 ou l’anniversaire de la consécration de la grandeur de Jean Félix-Tchicaya le 2 janvier 1956 ? A l’évidence, ces deux raisons historiques se comprennent. Toutefois, une raison de force majeure s’est alors ajoutée : les nouvelles relatives à l’état de santé de l’auteur de L’escroquerie idéologique. « Les jeunes d’aujourd’hui » – comme on dit- auraient ainsi pu comprendre, par exemple, ce que signifiait un tel titre pour un livre qui était emblématique dans le contexte de sa parution, en 1972, durant l’exil politique que Maître Moudileno passait en France, ayant fui le Congo à l’occasion d’une mission en Afrique alors qu’il était Vice- Président du Conseil d’Etat. Déjà, à l’époque, un exil politique. Pour échapper alors aux arrestations de février 1972 (affaire dite du coup d’Etat d’Ange Diawara ou M22). Ces arrestations massives suite auxquelles avaient été assassinés le grand artiste Franklin Boukaka et l’intellectuel Itsouhou.

Aujourd’hui, dans le contexte d’un autre exil politique, Aloïse Moudileno nous a quittés. Sans attendre le colloque prévu. Mais, n’a-t-il pas suffisamment transmis le sens de la Résistance durant ce long exil qui s’explique depuis le retour de Denis Sassou Nguesso au pouvoir par les armes ? N’avait-il pas été un « passeur de sens » en étant aux premières loges pour la tenue d’une Conférence Nationale Souveraine en 1991, puis en rentrant d’exil pour participer à cette institution refondatrice du Congo ? Et n’avait-il pas été, bien auparavant, un « passeur de sens » auprès des jeunes élèves et étudiants congolais qu’il recevait à Nancy , du milieu des années 1950 au début des années 1960 ? Oui, un acteur majeur parmi les rares congolais, à l’époque de la création de l’Association des Etudiants Congolais en France et de la Fédération de Etudiants d’Afrique Noire en France. Les témoignages entendus lors de ses obsèques en disaient long, à Nancy, ce jour-là, 10 janvier 2020.

Plusieurs membres des Assises Nationales du Congo étaient présents aux obsèques de celui que nous aurions tous voulu entendre encore faire passer, de génération en génération, le sens de la Liberté. « Les Assises » reviendront sur le parcours de cet illustre compatriote dont les conseils avaient aidé les acteurs qui œuvraient pour le rassemblement historique des démocrates défenseurs de la paix et de la république. Ce rassemblement historique qui avait abouti à la création de notre plateforme, en juin 2014.

Ici et maintenant, par ce texte que publie le « Billet des Assises Nationales du Congo », des Résistants de tant d’horizons se reconnaissent et disent ensemble ces mots d’un chant à la fois familier et sacré. Un air contre le désespoir et pour l’espoir. Avec Fraternité. Dans nos langues de la République du Congo, depuis le Royaume de Kongo. Au-delà de notre douleur et de nos condoléances. Pour dire « Paix éternelle » au regretté aîné parti à l’âge magnifique de 86 ans : « Yenda mboté ! »

Par Noël Magloire NDOBA , membre d’honneur et co-fondateur des « ASSISES NATIONALES DU CONGO »

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2 réponses à Maître Aloïse MOUDILENO MASSENGO, Intellectuel et passeur de sens de la Résistance congolaise, « yenda mboté !»

  1. Joseph Kokolo Zassi dit :

    Malheureusement le Congo est en train d’enterrer un à un ses derniers enfants les plus méritants… Il faudrait au moins continuer à faire vivre leur mémoire et surtout leurs combats contre la dictature et pour la démocratie.

  2. SAMBA DIA MOUPATA dit :

    Moudileno Massengo ,quel gâchis un juriste chevronné ! Mais malheureusement n’a pas été à la hauteur des attentes des congolais . L’osque parfait kolélas intervient à RFI Pour reconnaître la fausse l’élection de Sassou et conseil Sassou d’avoir une victoire modeste . Je lui est téléphoné pour dénoncer ce garçon kolélas escroc , ses critiques sont restés on off , alors qu’à l’heure d’internet ,son message aurait peut être arrêter la folie complotiste de Parfait . Maître Moudileno à continuer de voir quelques membres de la famille Sassou comme Yoka Emmanuel le cynique ministre de la barbarie du régime sassou .

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