BLOODY KONGO : Le Roman de Dina Mahoungou qui dénonce la dictature congolaise ( Entretien exclusif )

Entretien entre Mingwa Biango de Congo Liberty et Dina Mahoungou, écrivain

Congo-liberty.com : Bonjour l’artiste !

Dina Mahoungou : Bonjour mon ami, je suis très content de te revoir. Le confinement et le reste ont fait qu’on s’est presque perdu de vue.

Congo-liberty.com : En rappelant brièvement les approches soutenues dans les quatre ouvrages qui constituent « Kongoscopie », on a noté une différence sensible entre le premier roman « Agonies en Françafrique », paru en 2010 aux éditions l’Harmattan, dans la collection « Ecrire l’Afrique » et dans le dernier roman à paraître cet été, toujours aux éditions l’Harmattan, dans la collection « Encres Noires : « Bloody Kongo ».

Quant à l’interprétation des faits, problèmes sociaux, violences, crimes de masse, génocides, on remarque deux perspectives différentes :

  • La première, tu l’as démontrée, insiste sur les déterminismes sociaux niant toute latitude réelle aux individus
  • et la seconde, l’individu sans son ethnie n’a qu’une autonomie illusoire car, gouverné par le clan et les fétiches et en raison d’autres phénomènes plus globaux.

Dina Mahoungou  : on placera à part l’analyse systématique qui prétend chez le narrateur, moins à fournir une explication causale globale qu’à définir un cadre d’analyse des interactions politiques de ces 60 dernières années. Des luttes intestines ont mis le pays en coupe réglée, depuis l’indépendance du Congo Brazzaville, l’avènement du premier Président Fulbert Youlou jusqu’à nos jours, en 2020.

C’est une élite fermée qui anime depuis 1960 son mouvement au service de ses propres intérêts.

Congo-liberty.com : C’est-à dire ?

Dina Mahoungou  : les élites d’une même ethnie décident de la distribution des hauts postes pour leur configuration dans la haute administration et dans l’armée. Et partout ailleurs, ceux-ci influent sensiblement sur le fonctionnement de l’État au point de s’identifier à lui.

Congo-liberty.com : En réalité, les clans font le recrutement politique dans leur région de naissance et nomment aux fonctions gouvernementales où ils contrôlent le pouvoir et participent à son exercice.

Dina Mahoungou  : Absolument. Dans le monde ubuesque de la tyrannie, leur monde reste clos par une sphère des fixes …………… rien ne bouge.

Les politiques exercent des méchancetés sur le bas-peuple. Quant à l’écrivain, il s’approprie une parole libre et dénonce les calamités. Mais l’artiste n’est pas dupe, il sait parfaitement que l’art ne peut être réduit à l’état de moyens au service d’une cause qui le dépasserait, fût-elle la plus juste. Au Congo Brazzaville, l’arbitraire impose des conduites dont nul ne peut se soustraire. Tous les laptots, les seconds couteaux, réagissent par rapport à l’ordre, aux consignes édictées par le dominant, le « Maître de la Nation ».

Dans les cités, la gabegie, le luxe, le train de vie fastueux des hommes politiques sont devenus un scandale pour l’esprit humble et simple du peuple.

Congo-liberty.com : Ce n’est pas une qualification de dire que le Congo est une dictature et vous l’avez écrit ?

Dina Mahoungou  : Là-bas, au bled, le cynisme est appliqué à tous les niveaux du pouvoir. Il permet de soumettre le citoyen, de l’affaiblir mentalement de façon technique et efficace. Et ces génocides à répétition du peuple Kongo dans la région du Pool … L’écrivain parfois s’apostrophe et se dit : notre combat saura conduire et renouveler une parole exigeante. Mais comment dompter l’innommable, la dictature ?

En revanche, chez l’écrivain, la liberté d’expression et la justice sociale demeurent des remèdes à nos maux. Le Congo est réellement un pays du tiers-monde où la haine, la médiocrité, le favoritisme sont érigés en normes.

Nous nous posons la question maintes et maintes fois ! Comment raisonner les génocidaires qui n’acceptent pas le raisonnement ou la logique. Dans un poème de 1942 de Paul Eluard, au sujet du droit et du devoir de vivre, le poète dit : « Il y aurait un homme, moi ou un autre, n’importe quel homme, sinon il n’y aurait rien ».

Congo-liberty.com : Peut-on lire les quatre romans de façon dispersée, où faut-il les lire de façon précise, du premier au dernier ?

Dina Mahoungou : Ils peuvent bien sûr être lus séparément.

Les quatre ouvrages se composent d’une suite de tableaux juxtaposés.

C’est une sorte de huis-clos systémique, du premier roman : « Agonies en Françafrique » (paru en 2010 aux éditions l’Harmattan), du second : « Ô pays couleur de cendre » (paru en 2015 aux éditons Edilivre), du troisième : « Une contrée sauvage » (paru en 2016 aux éditions Edilivre) et enfin du dernier « Bloody Kongo » roman à paraitre cet été aux éditions l’Harmattan, dans la collection « Encres Noires ».

La moralité de cette œuvre est que d’avance, tout est bloqué de l’intérieur, et qu’il n’y a pas d’avancée possible. La Nation Congolaise est une sorte de pseudopode, un peu dégoûtée d’elle-même. Ả commencer par les libertés individuelles, il y manque trop de choses. Pour tout Congolais, la vie quotidienne devient une découverte, une aventure. C’est une sorte de sacrifice de soi, tous les précaires deviennent origine et point d’arrivée.

Chaque jour, les Congolais subissent l’invasion, le viol des choses. Le citoyen lambda est exposé à tout ce démenti que le réel lui inflige. C’est une triste contrée submergée par un flot de bêtises.

Congo-liberty.com : dans ce cas, cher ami, il n’y a plus d’espoir de vivre là-bas ?

Dina Mahoungou  : par la faute des esprits retors et machiavéliques, ce pays est un vide déchiré, tout est dilué, distendu. Le relever sera une entreprise abyssale. Et tous ces jeunes, ces gamins sacrifiés qui errent dans les rues. C’est une triste et ordinaire destinée qui est la leur.

Des écorchés vifs, des vies pleines d’obstacles et pénétrées de silence. Aux gens de la rue, leurs vérités sont privées de sens. Ils sont complètement atteints, blessés de l’intérieur et puis cette triste solitude qui les endort.

Que de tentatives désespérées ! Les ambitions et les réussites.

En trois générations, toute cette jeunesse sacrifiée par une suite de dépouillements. Regardez-moi ça ! Tout ce faisandage, tous ces êtres aux abois, de toutes les choses de la vie. Le délitement de toute une société … Ces mirages qui rendent la vie infiniment plus inquiétante.

Tout s’écrase dans le vide, ils se détruisent eux-mêmes.

Congo-liberty.com : Dans les quatre livres, on observe assez souvent chez les héros que les mêmes causes antécédentes sont suivies des mêmes conséquences. Ả l’apparition de ces personnages centraux qui traversent les quatre livres, il y a toujours un antécédent et l’on s’attend à voir la conséquence.

Dina Mahoungou  : Eh oui, cher ami ! Pourquoi ces guerres civiles à répétition ?

Il y a eu une brève trêve d’une année, puis les milices armées ont recommencé à rançonner les paysans, par-ci, par-là. Certaines tribus belligérantes se communautarisent pour envahir d’autres régions afin de les soumettre, pourquoi ?

Ce sont des mercenaires étrangers à la solde du pouvoir qui vivent selon leurs pulsions, voire leurs passions de tout détruire et ne peuvent guère écouter ni comprendre les mécanismes de la paix et de ses raisonnements. Ils cherchent de façon tactique à les en détourner, c’est une situation déplorable. Ả l’avenir, il n’y aura que des émeutes, des insurrections, entrainant des milliers de morts.

Me rappelle cette phrase sublime de Michel Tournier dans « Petites proses » où il crie de colère et écrit : « Ce sont des âmes des morts du cimetière, depuis des siècles, elles attendent par milliers derrière le mur ».

Ainsi sera notre lot, notre destin du peuple Kongo. Le dernier livre « Bloody Kongo » détermine et explique tout cela, telle une symphonie finale. Chez les dominants, tout est dans la méchanceté, leur sens du bien commun et de l’exercice du pouvoir est une des formes nébuleuse du cynisme : la haine de l’autre.

Congo-liberty.com Question : Peut-on espérer que dans les générations futures, les choses iront mieux car les mentalités vont changer ?

Dina Mahoungou  : Au jour d’aujourd’hui, les crises s’accentuent à l’infini. Peut-être qu’il n’y aura plus de paix possible. Avec toute leur hargne, les dominants sont aptes à établir la dictature pour les autres.

Chez les suprématistes du Nord-Congo, la tribu M’Bochi en particulier, les droits des clans et de la tribu sont plus importants que la démocratie. Pour eux, la défense des intérêts tribaux prend une position prééminente, pleine et entière de tous droits, ils ont le droit de l’égoïsme. Ils ont le devoir de jouir à leur gré de leur fortune colossale amassée depuis près d’un demi-siècle. C’est ainsi qu’ils sont, ils ne se soucient guère de l’indigent ou du précaire. Pour le bas-peuple, les fractions et les fractures sont exploitées et dominées à dessein. La tribu M’Bochi, l’esprit grégaire du Parti-État, sont pour la plupart des suprématistes du Nord-Congo, c’est une forme d’agrégation sociale. Ceux qui fondent la communauté ethnique et l’esprit tribal assurent le maintien du fondamentalisme. Il est même à la base d’un contrat social dans la région et qui dépasse de beaucoup le simple pouvoir politique.

Congo-liberty.com : Or, il importe bien à l’État que chaque citoyen ait le sens de la patrie et du bien commun, qu’il lui fasse aimer ses devoirs … Qu’en-est-il de nos hommes politiques ?

Dina Mahoungou  : Actuellement, au Congo-Brazzaville, le service public est quasi-inexistant, il n’y a pas de gratuité, pas de continuité, pas d’égalité, pas d’adaptabilité.

Nul ne se soucie de combattre le parti congolais du travail qui s’est complètement dévoyé, à côté du fonctionnement selon les directives qui lui auraient assignées par ses pères fondateurs du Marxisme-Léninisme. Les gredins ont fait un virage à 360 degrés. Ils sont dans la spéculation, le vol en réunion des deniers de l’État. Ils décident des règles du jeu, ils interviennent dans les marchés de gré à gré.

Les barons du parti-État sont partout, bruyants, très insolents, riches et tapageurs, c’est à cela qu’on les reconnait. Ils sont dans la règlementation des dépôts, dans le contrôle, la vente et la transparence de l’argent public. Ils opèrent directement sur les marchés financiers, profonds, liquides et globaux. Ils se sont accoquinés des experts de la haute finance et tuent leur propre pays à petit feu.

Ces gens-là constituent un conglomérat grossier de corps mafieux, prolixes et concis qui cherchent auprès du pauvre électeur et du militant de base les ressorts profonds de son audience et de sa pérennité.

Congo-liberty.com : Les héros, dans les quatre ouvrages, en particulier dans « Ô pays couleur de cendre » et « Une contrée sauvage » souffrent de troubles de l’âme. Ils ont un attrait pour la mort et la mélancolie, sont-ils des héros romantiques au sens stendhalien du terme ?

Dina Mahoungou  : Le peuple aime la paix, il incarne l’image de la vertu. Tandis que le Président de la République et ses affidés rêvent de gloire militaire comme Bonaparte et ses condisciples. Devant tant de tempêtes et d’assauts, pour se maintenir au pouvoir, ainsi donc le chef de l’État, commandant des armées, a la cohérence et l’opportunité de maintenir fermement un huis-clos ………………………………………………………… Que personne ne bouge !

L’âme du peuple Kongo erre sans fin, les prolétaires, les paysans et les troubadours, héros du quotidien, sont emprisonnés tout le long de l’année par un abus de pouvoir et de faux témoignages, des dénonciations anonymes. Ả l’égard des manants, on a bâti de toutes pièces des histoires bizarres, des coups montés, afin de les isoler, de les mettre au ban.

Pendant les 20 dernières années, la poussée des crimes et des délits d’État a été exponentielle. Tous les jours, le citoyen lambda est fait comme un rat. Soudain, il se trouve suspect ! Face à deux énormes machines prêtes à le broyer : la police politique et la justice expéditive. La totalité de la valeur des biens meubles et immeubles du Congo Brazzaville appartiennent à la famille présidentielle et autres associés. C’est ainsi que le Congo est dirigé.

Congo-liberty.com: mon cher Dina, vous avez certainement d’autres projets ?

Dina Mahoungou  : j’ai mis 10 ans à bâtir cette œuvre monumentale, de 2010 à 2020 : « Kongoscopie » une tétralogie qui comprend quatre ouvrages cités ci-dessus. Je me suis mis à présent au théâtre et suis revenu à mes premières amours : la poésie, qui demandent chacun une multitude d’exigences. Le théâtre m’a conquis. Il fournit un cadre d’analyse qui doit être confronté à d’autres paramètres, sur la courte durée et dans un espace statique. Les acteurs sont plus visibles, plus pertinents sur la scène selon les fins par lesquelles je les définis.

Diffusé le 01 juillet 2020, par www.congo-liberty.com

Ce contenu a été publié dans Les articles. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

5 réponses à BLOODY KONGO : Le Roman de Dina Mahoungou qui dénonce la dictature congolaise ( Entretien exclusif )

  1. Lucien Pambou dit :

    Merci cher DINA POUR CETTE PEINTURE ANGOISSANTE QUI DIT CE QU EST LE CONGO COINCE DANS ET PAR LE RESEAU

    Le congo dites vous est la preuve vivante d un pays gouverne par une elite refermee sur elle meme et que je qualifie de RESEAU avec ses propres regles de gouvernance.l election ou l approbation democratique par le vote ne sont que des moyens detouRnes pour mieux asseoir la predation et la prevarication des populations qui n ont d autres choix que la main tendue etd’ accepter la domination

    Dans le RESEAU la gestion politique et la gouvernance economique sont intimement lies avec dites vous l aide de l expertise financiere internationale suer les marches financiers internationaux

    Ceux d entre vous qui doutaient encore de l existence reelle du RESEAU CONGOLAIS LISEZ LE TEXTE RELATANT LA PARUTION DU LIVRE DE DINA MAHOUNGOU EN AMONT

    le reseau existe bel et bien pendant ce temps et comme le dit l auteur(mahoungou) les populations congolaises sont devenues des ames desesperees qui errent derriere les barrieres des cimetieres attendant en file indienne le choix de la tombe pour s ‘y engouffrer definitivement

    QUE faire si cette conception de la domination resaeautale est le fait d une region ou dune tribu( mbochi comme le rapelle dina mahoungou) et ceci en depit de toute exigence democratique d exercice du pouvoir politique

    Le parti congolais du travail est cet autre intrument politique du RESEAU QUI LUI PERMET DE VALIDER SON EXISTENCE « normal et democratique »

    MAIS VOILA .LE RESEAU PAR SON EXISTENCE ET SON FONCTIONNEMENT EST DOMINE PAR UNE INCOMPLETUDE DE L EXERCICE DU POUVOIR POLITIQUE ECONOMIQUE ET FINANCIER CONTRE LE BONHEUR DU PLUS GRAND NOMBRE

  2. Anonyme dit :

    Entre Réseau et ce que j’appelle mafia, la différence n’est que dans l’appellation du système qu’on veut bien lui donner.

  3. samba Dia Moupata dit :

    Merci mon frère Mahoungou , de dénoncer ce régime Mbochi ,corrompu et génocidaire . N’ayez pas peur des mots il faut désigner le mal Sassou qui est à appuyer par les Mbochis , même Ayessa pourtant du groupe Mbochi à été obligé de prostituer sa fille pour gagner un poste , idem pour Mvouba qui est téké ect …

  4. jfk dit :

    slt cher ami
    Gainsbourg , j’attends toujours de tes nouvelles, de’ ailleurs je ne suis pas seul, je suis avec Amedée
    bon week end

  5. Cher François et Amédée,
    Je ne peux pas vous oublier.
    A bientôt !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.