LITTÉRATURE : J’ai tué mon mari, de Florent Lina Mouissou : De la prison à l’autre bout du destin

Quand Maryse, le personnage central du roman retrouve sa liberté après cinq ans en prison, elle ne sait pas que son destin va retrouver le goût de vivre après l’odieux assassinat de son mari pour des raisons que le lecteur découvre au cours de sa longue « confession » qui constitue la trame essentielle du roman.

À vingt deux ans, Maryse rencontre Joël et une nouvelle page commence à s’écrire dans son univers sentimental. Projet de mariage avec son amour après à peine cinq mois de fiançailles. Ne pouvant pas se rendre dans leur pays en Afrique, le mariage coutumier, avec présentation de la dot, est célébré par procuration. Commence alors une vie de couple comblé de bonheur avec la naissance de leur fille Mindy. Mais ce bonheur qui va subir un coup fatal après le voyage de Joël au pays pour revoir ses parents après plusieurs années de séparation. Pendant son séjour au pays, celui-ci s’amourache d’une jeune femme qu’elle va faire venir en France en se servant des papiers de Maryse. Commence alors sa descente aux enfers sentimentale quand Joël prend la décision de se séparer d’elle. Quand elle découvre que son mari s’est servi de ses papiers pour faire venir sa nouvelle conquête en France, elle ne peut supporter cette trahison. Aussi décide-t-elle de le tuer par vengeance avant de se donner la mort qui n’arrivera pas à se  concrétiser. Condamnée pour meurtre, Maryse passe plusieurs années en prison. Elle retrouve le goût de vivre aux côtés de Nancy qu’elle a rencontrée en prison, avant de revoir sa meilleure ami Monique et sa fille Mindy. Et le bonheur perdu après le meurtre de son mari lui revient quand, José, son nouvel amour l’accepte malgré son douloureux passé : elle a tué son mari et a passé plusieurs années en prison.

Maryse, une femme et deux hommes : l’endroit avec Joël

Vingt ans de mariage avec son premier amour Joël, Maryse découvre le bonheur de vivre avec un homme avec lequel elle va avoir une fille, Mindy. Voyage de noces de porcelaine quand leur fille aura dix neuf ans, croisière en bateau en famille du côté de la Méditerranée, contribuent au bonheur d’une femme aimée par son homme. Mais le bonheur subit paradoxalement une première tristesse quand leur fille, après son bac, quitte le toit parental pour aller vivre au campus. Leur fille partie, Maryse et Joël voient leur amour s’attiédir ; s’ouvrir alors une autre page dans la vie de la femme : « Elle avait compris pourquoi parfois les couples se séparaient quand les enfants quittaient leur nid » (p.92). Leur fille ne vivant plus sous leur toit, Joël, vingt cinq ans après son arrivée en France, va profiter de ses vacances d’été pour repartir rendre visite à ses parents en Afrique. Aussi, ce voyage va bouleverser la vie du couple. Maryse, malgré la confiance qu’elle éprouve pour son mari, s’inquiète de l’absence de celui-ci. Surtout après le discours de sa voisine dont le voyage de son homme en Afrique avait transformé négativement ce dernier : « Cécile lui avait raconté comment des jeunes femmes désespérées cherchaient des hommes, surtout les vacanciers venus de l’Europe » (p.97). Et tout ce que craignait Maryse va se concrétiser quand son mari revient de l’Afrique où il s’est amouraché d’une jeune fille qu’il fait venir en France. Maryse n’en revient pas quand elle se voit délaissée par l’homme qu’elle a aimé toute sa vie en lui étant fidèle. Et cette trahison pousse Maryse à commettre l’irréparable avant de se retrouver en prison : « Cinq coups de couteau avec une violence démoniaque. Tout était passé si vite que Joël n’avait rien vu venir » (p.114).

Maryse, une femme et deux hommes : l’envers avec José

Cinq ans en prison ont marqué Maryse qui n’a plus envie des hommes. Aussi, va-t-elle se réfugier, grâce à son amie Nancy, dans le « royaume de Dieu », Nancy, une femme qui avait aussi tué son homme avant de se retrouver, comme elle, en prison : « Nancy avait poignardé son mari, suite à des violences conjugales répétitives » (p.55). Grâce à cette femme qui sera aussi sa marraine pour son baptême, Maryse retrouve le goût de vivre. Aussi, sur insistance de cette dernière, elle finit par accepter un rendez-vous avec un certain José qui va changer sa vie sentimentale. Car  au cours d’une soirée galante, les deux tourtereaux finissent par se découvrir : l’homme est divorcé depuis cinq ans. Quand José demande à Maryse d’être sa femme en lui proposant d’emménager ensemble, cette dernière ne sait comment lui révéler son passé de femme ayant tué son premier mari. Après maintes réflexions et hésitations, elle est obligée de se dévoiler malgré elle : « Je dois te dire quelque chose : J’ai passé cinq ans en prison pour avoir tué mon mari parce qu’il m’avait trahie » (p.147) ; et de lui déclarer, un peu perplexe, son amour : « Tu sais bien que je t’aime (…). Tu es un homme bien et je veux bien finir ma vie à tes côtés » (p.147). Elle est surprise quand, contre toute attente, l’homme lui déclare, à son tour, son amour en faisant fi de son sombre passé : « Peu importe ton passé, je veux finir ma vie à tes côtés (…). Mais si Dieu t’a pardonné alors qui suis-je pour ne pas le faire ? » (p.151). Avec cette attitude de José, s’annonce le début d’une nouvelle vie pour le couple.

J’ai tué mon mari : des hommes irresponsables en amour

Ce roman apparait comme une série de destins de femmes délaissées par leurs hommes qui les martyrisent sentimentalement. Maryse est trahie par son mari qui tombe amoureux d’une autre femme au cours de son séjour en Afrique : « Joël avait fini par faire venir sa dulcinée, il vivait avec elle à quelques pâtés de maisons à peine de chez Maryse » (p.105). En prison, cette dernière fait la connaissance de Nancy qui, elle aussi, a été  trahie par un homme. Elle va l’aider à « revivre » à travers la parole de Dieu et son nouvel amour.  Cécile, la voisine de Maryse a été aussi victime du voyage de son homme en Afrique : « Cécile (…) lui avait raconté comment des jeunes femmes désespérées cherchaient des hommes, surtout les vacanciers venus de l’Europe » (p.97). En général, la littérature de la diaspora construit un pont entre le natal de l’auteur et son pays d’accueil ; et le roman de Lina Florence Mouissou n’échappe pas à cette règle.

Quelques réalités africaines dans J’ai tué mon mari

C’est à travers le mariage par procuration entre Maryse et Joël et le voyage de ce dernier au pays de ses parents que le lecteur découvre quelques réalités africaines. La cérémonie de la dot entre les  familles des deux fiancés nous rappelle quelques réalités socioéconomiques du pays de l’auteure : « On demandait pur ce mariage la somme de 300 000 FCFA équivalant à peu près à 599 euros à laquelle il fallait ajouter une dizaine de casiers de bouteilles de bière blonde, de dames-jeannes de vin de palme et de vin rouge, un nombre défini des bouteilles de whisky de grande marque, de casiers de bouteilles de jus de fruit » (p.43). On découvre une autre réalité de la société africaine dans le rapport homme-femme à travers la conversation entre Maryse et Cécile au sujet du voyage de Joël dans son pays natal. Pour Cécile, les femmes en Afrique pratiqueraient quelques « fétiches » pour séduire les hommes ; et Joël serait victime de cette pratique comme l’avait été Romuald le mari d’une certaine Sylvie pendant son séjour en Centrafrique : « Romuald se mit à raconter ses aventures avec la Centrafricaine. Cette femme qui lui avait fait perdre la tête avec l’aide des gris gris, du vaudou » (p.102).

Troisième roman après Le plus vieux métier du monde et Le Destin d’Aminata précédés de deux nouvelles (2), J’ai tué mon mari confirme la beauté de l’écriture de Lina Floence Mouissou. Avec ce roman, se découvre l’amour au-delà d’un crime passionnel quand l’homme a trahi sa femme. Une situation qui peut conduire la femme à transformer l’amour en haine, situation pouvant provoquer  l’irréparable comme on le remarque à travers les personnages de Maryse et Nancy.

Noël Kodia-Ramata

  • Florence Lina Mouissou, J’ai tué mon mari, éd.LC, Paris, 2019
  • « Anniversaire empoisonné » et « Le mari d’une autre » in Amina, 2002.    

Diffusé le 9 juillet 2020, par www.congo-liberty.com

Ce contenu a été publié dans LIVRES A LIRE. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

1 réponse à LITTÉRATURE : J’ai tué mon mari, de Florent Lina Mouissou : De la prison à l’autre bout du destin

  1. Lucien Pambou dit :

    hum; hum meme si c est la situation est romanesque

    On peut tres vite basculer dans la vraie vie et donc dans la realite
    1/ on ne tue pas son mari, on le quitte et on le fait condamner pour utilisation frauduleuse de documents
    2/ on le traine devant la justice pou reparation morale avec demande de dommages et interets
    3/ on fait condamner la nouvelle femme pour complicite
    5/VOICI A GRANDS TRAITS LES ELEMENTS DE LA VRAIE VIE. ATTENTION AUX COMMENTAIRES.

    JE N AI PAS OUBLIE QU IL NE S AGIT QUE D UN ROMAN MAIS QUI PEUT ETRE UTILISE PAR CERTAINS QUI NE FONT PAS TOUJOURS DE NUANCES ENTRE L IDEEL ET LA REALITE

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.