Avec le racisme, le tribalisme et l’exclusion, serions-nous tous, les témoins passifs d’une barbarie sans cesse renouvelée ?

Par Dieudonné ANTOINE-GANGA

Dans son discours de Frankfurt en 1997, Günter Grass avait rendu hommage à l’écrivain Kurde Yasar Kemal qui avait comparé la situation des Turcs en Allemagne à celle des Kurdes en Türkiye dénonçant ainsi l’apartheid de fait que subissaient les deux communautés. Il sied de rappeler qu’à cette époque en Allemagne le droit du sang était en vigueur et qu’il a fallu attendre la réforme de 2000, pour que les enfants nés des parents étrangers, sur le sol allemand, puissent, avant l’âge de 23 ans, opter pour l’une ou l’autre des nationalités.

Günter Grass place les deux pays sur le même plan en affirmant aussi que « le racisme, le manque de tolérance, caché sous l’arrogance, les guerres et leurs conséquences marquent l’histoire de nos deux pays. » La barbarie dont il fait état n’est pas seulement l’apanage des autres mais de nous tous. Ce qui doit nous interpeler et nous mettre, à quelque niveau que nous soyons, en face de nos responsabilités, car nos sociétés souffrent d’ethnocentrisme, de racisme, de tribalisme et d’exclusion. Les dernières manifestations qui ont déferlé contre le racisme, ces dernières semaines, dans le monde entier, suite au meurtre raciste dont a été victime George Floyd aux États-Unis, en sont la preuve on ne peut plus éloquente.

Pierre Bourdieu parlait d’une sorte de narcissisme collectif qui affecte les groupes intellectuels, les incitant à tourner vers eux-mêmes, un regard complaisant. En tout cas, c’est ainsi que les gens voient leurs propres groupes meilleurs que d’autres. Ce qui conduit à des tensions interraciales ou intertribales et à l’oppression par des armes, des plus faibles, des minorités et des sans voix, au nom du principe de la loi du plus fort. De son côté, Jean-Paul Sartre parle dans « l’existentialisme athée » de rapport intersubjectif, car chacun se voit tel qu’autrui ne le voit. Ce qui l’aliène et l’enferme dans une nature donnée et le prive de surcroit de liberté. N’est-ce pas, le lot de toutes les minorités qui réagissent en se radicalisant pour maintenir les « fondamentaux » de leur culture ? Elles sont légion, ces minorités.

D’autre part, je me permettrais de souligner que le mot « barbare » était employé par les Grecs et les Romains à l’endroit des peuples qui ne parlaient par leurs langues, qui n’étaient pas civilisés et qui avaient d’autres mœurs. Les colonisateurs, quant à eux, ne nous traitaient-ils pas de « sauvages et de non civilisés » ? Toujours est-il, n’en déplaise aux élitistes, que nous sommes tous des barbares de quelqu’un d’autre, de celui qui n’est ni de notre race, ni de notre tribu, ni encore de notre religion.

Carl Jung, un psychologue suisse, dans la « psychologie de la profondeur » a donné au côté secret de la nature humaine, un nom spécial : l’ombre. Celle-ci regroupe toutes les impulsions sombres (haine, agressivité, sadisme, égoïsme, jalousie, ressentiment etc.) qui sont cachées en nous, car nos psychés sont dualistes, fortement divisés entre le conscient et l’inconscient. La montée de ce que nous appelons « civilisation » est un hommage à la façon dont nous obéissons à notre esprit conscient pour supprimer notre côté inconscient. Nous oublions que ce qui se cache dans les ombres finit toujours par apparaître. Comme le tribalisme et le racisme qui sommeillent en nous ,et qui à la moindre occasion refont surface en déclenchant une éruption de colère, d’émeutes, de violences et de chaos. L’ironie tragique est que les pires éruptions de l’ombre se produisent dans les sociétés qui, en surface ne s’en inquiètent pas. C’est ce qui explique que toute l’Europe, au sommet de sa civilisation, se soit jetée dans l’enfer des deux guerres mondiales, dans la colonisation et après dans la décolonisation. D’autre part, l’on a vu s’institutionnaliser la torture sous toutes ses formes, les guerres sournoises et hypocrites parfois par délégation, qui permettent aux pays dits « civilisés » de faire fortune en vendant les armes tout en s’apitoyant sur les victimes. Ah la comédie humaine !

C’est l’occasion d’affirmer ici, haut et fort, que le racisme et le tribalisme sont néfastes voire funestes. Ils sont comme de la rouille ; ils détruisent ce qu’il y a de plus beau et de plus pur dans le cœur de l’homme. Ce sont des idéologies qui prônent malheureusement la supériorité d’une race ou d’une tribu à une autre. Le racisme et le tribalisme sont plus qu’une gangrène. Ils tuent, ils ruinent l’homme ; ils tuent l’Administration et l’État ; ils conduisent à des erreurs capitales, comme le génocide et l’holocauste ; ils tuent enfin la Nation. Ah qu’il est triste de voir combien de zèle, d’enthousiasme et d’efforts (négatifs) sont mis au service de tels idéaux faux et sans fondements, tout en foulant aux pieds les idéaux nobles d’amour et de fraternité entre tous les hommes, de toutes races, de toutes couleurs et de toutes tribus !

Toutes les manifestations contre le racisme et les violences policières dans le monde, doivent nous interpeler et nous rappeler ipso facto ce qu’en 1941, le poète allemand Brecht, en montrant le miroir d’une Europe qui se fracturait, affirmait : « le ventre d’où est sortie la bête immonde est encore fécond. » Avec le racisme et le tribalisme, nous assistons au réveil de ces démons, ces deux monstres qui sont latents en nous dans le dédale de notre inconscient individuel et collectif.

Malheureusement nous sommes tous, comme le disait Günter Grass, « les témoins passifs d’une barbarie sans cesse renouvelée. » Ce qui a amené le Pape François à affirmer que « les blessures s’élargissent à cause de cette épidémie d’inimitié et de violence. Une épidémie qui s’imprime dans la chair de beaucoup de sans voix, parce que leur cri s’est affaibli et est réduit au silence à cause de cette pathologie de l’indifférence. » Je me permettrais d’ajouter : « du racisme et du tribalisme. »

Il est temps que tous les hommes opposent la maîtrise de soi, les valeurs morales, l’amour du prochain pour donner tout son sens intrinsèque à la Charte de l’UNESCO qui affirme : « Puisque la guerre naît dans le cœur de l’homme, c’est dans le cœur de l’homme qu’il faut construire la paix. » Nous et les générations futures devons avoir la volonté de clamer haut et fort que nous allons contribuer au changement afin ne s’applique pas pour nous, cette phrase d’Albert Camus « Alors qu’ils pouvaient tant, ils ont osé si peu. » À ce propos, la mise en garde de Martin Niemoller, lancée il y a 50 ans, « quand ils sont venus chercher les socialistes, je n’ai rien dit. » est permanente. C’est pourquoi nous devons éviter d’être tous, « les témoins passifs d’une barbarie sans cesse renouvelée. », des lâches devant le racisme et le tribalisme. Nous devons les dénoncer avec force et vigueur.

Enfin je dirai aux jeunes congolais, avec le Ministre Levy Makany : « N’acceptez pas d’être instrumentalisés, ni d’être corrompus pour quelque motif que ce soit ; rejetez avec la dernière énergie les antivaleurs : le vol, le mensonge, la paresse, la fanfaronnade, l’orgueil et la poltronnerie qui avilissent l’homme, même ceux qui les pratiquent, cachent leur forfait derrière des discours alambiqués mais creux. Aspirez plutôt aux valeurs qui ennoblissent l’Homme tes que l’honnêteté, la vérité, le travail bien fait, la rigueur et le courage. Être un Homme, cela se construit, souvent à travers les difficultés de la vie, mais aussi, grâce à la persévérance et au gout de l’effort, au respect et à l’attachement des vraies valeurs. » J’ai dit.

Dieudonné ANTOINE-GANGA

Ancien Ministre des Affaires étrangères du Congo-Brazzaville (1991-1992)

Ancien ambassadeur du Congo à Washington (USA) et à Addis Abeba (Éthiopie)

Diffusé le 25 juillet 2020, par www.congo-liberty.com

Ce contenu a été publié dans Les articles. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

1 réponse à Avec le racisme, le tribalisme et l’exclusion, serions-nous tous, les témoins passifs d’une barbarie sans cesse renouvelée ?

  1. Samba dia Moupata dit :

    Merci cher grand frère DIAG pour ta contribution patriotique . Sassou Dénis manque d’une pensée morale et philosophique ce type est sans état d’âme la preuve le désastre économique et la boucherie humaine qu’il cause dans notre . Le problème ces tous ceux qui ont ratés leurs parcours professionnels en occidents qui adoubent ce barbare d’Oyo pour des raisons matériels sinon ce diable serait longtemps chassé . Des illuminés comme parfait kolélas , Tsaty Mabiala qui détient un passeport Belge , Thierry Mougalla qui détient un passeport Français j’en passe… Font plus mal au pays . Pour mon cas j’ai pris mes distances avec la famille kolélas parce que j’estime qu’elle n’a pas , une bande des fainéants et fainéantes qui ne pensés qu’à l’argent facile .

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.