Le scandale du terminal pétrolier de Djéno au Congo-Brazzaville.


Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

Pris en tenailles entre la crise économique créée par sa mauvaise gestion des affaires publiques, la pandémie du COVID-19 qui lui rappelle ses promesses non tenues en matière de santé et le ralentissement de l’économie mondiale, monsieur Sassou Nguesso à la recherche de liquidités pour payer les salaires des Congolais, menace la major compagnie pétrolière française (Total E&P Congo) de ne plus renouveler le contrat léonin du terminal pétrolier de Djéno qui arrive à expiration en Octobre 2020. 

Le terminal pétrolier de Djéno est opéré par Total E&P Congo depuis 1972. Il est utilisé à 63% par Total E&P Congo et à 37% par ENI Congo SA. Il assure 93% de la production du pétrole brut congolais soit environ 240 000 barils par jour. La capacité de traitement du terminal est de 320 000 barils par jour soi-disant et un tanker d’une capacité minimum de 500 000 barils par jour est chargé tous les jours sans compter les cargaisons fantômes.  

Tous les charognards, ces personnes qui exploitent impitoyablement notre malheur, y compris le Qatar qui détient 15% du capital de Total E&P Congo, s’affairent autour de notre Timonier mal aimé. Ils veulent que monsieur Sassou Nguesso puisse renouveler ce contrat qui n’apporte rien au peuple congolais, mais des milliards et des milliards de francs CFA aux compagnies pétrolières à savoir Total E&P Congo, ENI Congo SA et consorts.

Depuis le début de l’exploitation du pétrole congolais jusqu’à nos jours, aucun congolais n’est en mesure de savoir le nombre exact de barils de pétrole qui sortent par jour du terminal pétrolier de Djéno. C’est un secret jalousement et savamment gardé par ces compagnies pétrolières du fait de la naïveté des gouvernements congolais successifs qui se contentent tant bien que mal des petites royalties qui suffisent à améliorer leur train de vie au lieu de subvenir aux besoins des Congolais. Dans ce contexte, notre petit émirat pétrolier gouverné par l’Émir Sassou Nguesso ne peut se développer et continue de crouler sous les créances malgré l’effacement de sa dette, un record, avec une population malnutrie et une jeunesse aux abois. 

Il est étrange que dans notre pays, qu’une personnalité politiquement exposée en la personne de Denis Auguste Marie GOKANA, Conseiller spécial pour les affaires pétrolières à la présidence de la république du Congo-Brazzaville, puisse avoir une compagnie pétrolière Africa Oil and Gas Corporation (AOGC), des participations dans d’autres compagnies pétrolières, et gérer à sa guise des blocs pétroliers sans que personne ne s’en émeuve. Sous d’autres cieux, on appellerait ceci un conflit d’intérêt doublé d’une corruption active. Mais au Congo-Brazzaville et en France donneuse de leçons en matière des droits de l’Homme, l’on fait semblant de ne rien voir ni entendre. N’est-ce pas aussi un droit de l’Homme le fait qu’un peuple puisse jouir librement et à sa guise de ses richesses minières afin d’assurer son développement ? 

Notre pays ne brille sur la scène internationale que par ses multiples scandales de corruption et de dilapidation des deniers publics concernant des personnages sulfureux au cœur même du pouvoir. Ces derniers se pavanent dans nos artères en ne vantant que la paix alors que le peuple congolais crie famine. 

Il serait plus que temps d’arrêter cette hémorragie de notre principale ressource financière si demain nous ne voulons pas nous retrouver sans rien, en cessation de paiement avec une banqueroute, à moins que ce ne soit déjà le cas. 

La quête de devises par monsieur Sassou Nguesso auprès des États dont certains plus pauvres que le nôtre, illustre bien la gravité du malaise qui règne au sein de ce pouvoir. Nonobstant cet état de fait, ces derniers continuent à festoyer pour des motifs futiles en affichant clairement leur mépris vis-à-vis de notre peuple qui ne sait plus à quel saint se vouer. 

Ainsi va la vie dans ce petit État dictatorial d’Afrique centrale où la raison a cédé la place à l’irrationnel avec une gouvernance plus que chaotique.  Monsieur Sassou Nguesso préfère s’afficher à l’extérieur du pays en bon samaritain au lieu de prendre en charge les problèmes sérieux qui impactent négativement la vie de nos compatriotes.   


Depuis qu’il gouverne ce pays du haut de son trône tout n’a été que mensonges et promesses sans lendemain. Même les services de santé évoqués dans les médias sont inexistants. Les 12 hôpitaux départementaux, soit 1 hôpital dans chaque département, ne sont que des fantômes, et l’on sollicite maintenant l’aide internationale pour du matériel médical de première nécessité. La coupe est pleine. Dans cette période de vaches maigres, l’organisation de l’élection présidentielle en mars 2021, truquée d’avance, est-elle nécessaire bien que la Constitution taillée sur mesure le permette ?  

Le parquet de Milan a requis récemment contre le Directeur général d’ENI une peine de prison de 8 ans pour corruption dans une affaire de pétrole au Nigéria. Ce dernier serait l’un des amis de notre despote et sa femme l’une de ses soi-disant nombreuses nièces. Voilà les fréquentations de notre Président autoproclamé à vie. Le Congo-Brazzaville est devenu un repaire des mafieux, des hommes politiques français en mal de lumière recyclés dans la Françafrique dont le seul but est de piller inlassablement notre pays. Aucun Congolais ne peut et ne devrait se satisfaire de cette situation qui nous prive tous du bien-être social auquel nous aspirons. 

La démocratie ne s’accommode pas de la pauvreté. Nul Congolais de devrait vivre avec moins de 2 dollars par jour à cause de la politique d’accaparement effrénée de nos richesses imposée par le clan d’Oyo. 

Notre travail en tant qu’opposition responsable est de couper les vivres à ces hommes politiques du Congo-Brazzaville qui n’ont jamais exercé aucun métier d’aucune sorte et qui vivent au crochet du trésor public congolais depuis des lustres. Ils sont devenus des spécialistes de la politique avec une armée des soudards à pyramide inversée comptant plus d’officiers que des hommes de troupes. C’est le seul ascenseur social qu’offre une dictature pour son maintien aux manettes du pouvoir malgré la réprobation du peuple souverain. 

Un Président de la république est au service du peuple et non l’inverse. Mais, le narcissisme et la mégalomanie de notre Monarque n’a d’égal que son bilan si ténu qu’il affiche au compteur nonobstant les milliards de francs CFA dépensés par ce dernier. N’importe qui à sa place ayant l’amour de son pays ferait mieux. 

La ville de Pointe-Noire, capitale économique, poumon économique de notre pays, n’a jamais bénéficié des retombées de cette manne pétrolière. C’est navrant. Certains hommes politiques congolais et non des moindres avaient proposé à Marien Ngouabi de donner à cette ville un pourcentage symbolique pour son développement. Ce dernier refusa en clamant haut et fort « qu’il n’y aurait plus de chômeurs au Congo-Brazzaville. » Force est de constater que depuis toutes ces années le nombre de chômeurs ne cesse d’augmenter. Le moment venu toutes ces imperfections, ces erreurs, ces errements seront corrigés. 

La corruption ayant gangrené toute la classe politique congolaise aux affaires, tout le monde se satisfait de ce statut quo. Ponton la belle est devenue Ponton la poubelle, les arrivistes affairistes ayant pris le contrôle de cette ville si stratégique pour la conquête du pouvoir et pour sa survie. 

Le Qatar promet au Congo-Brazzaville une aide ponctuelle dans la lutte contre la pandémie du COVID-19 en échange de la signature combien précieuse pour le renouvellement du contrat du terminal pétrolier de Djéno. Le terminal gazier qatari est-il sous gestion étrangère ? À bien y voir, la contrepartie du Qatar est négligeable par rapport à la signature d’un éventuel contrat.  

Il est combien malheureux de s’apercevoir qu’aucun cadre congolais expert en la matière ne fait partie du board des dirigeants de Total E&P Congo. Leur seule promotion réside en une villégiature dans la ville de Pau ou dans le quartier de la Défense à Paris, en France, dans des beaux appartements laissant le peuple congolais dans des beaux draps. C’est une forme de corruption passive qui consiste à éloigner ces cadres congolais de la gestion des vrais problèmes qui nuisent au fonctionnement de notre pays. 

La corruption au Congo-Brazzaville est telle que chaque Directeur général de Total ou d’ENI est l’hôte de marque de monsieur Sassou Nguesso qui discute avec ces derniers des modalités de ses rétrocommissions. De temps à autre, ils se retrouvent tous ensemble à Oyo pour boire un « vieux Whisky » selon le terme consacré. 

Notre pays est géré comme une épicerie familiale sans livres de compte ni perspective. À cette allure tout ce que nous pouvons percevoir c’est le dépôt de bilan d’un État qui sera alors sous tutelle des banquiers, des traders, des Fonds de pension, des compagnies pétrolières, etc. 

Le diable est dans les détails. Monsieur Sassou Nguesso ne fera jamais l’audit de la SNPC (Société nationale des pétroles du Congo) dans le but de couvrir les malversations financières de son fils qui a dilapidé les bijoux de famille et sur lequel se cristallise tout le mécontentement du peuple Congolais en matière de gestion des biens publics. 

La demande de 200 millions d’euros à la compagnie Total E&P Congo afin de sécuriser le paiement de 6 mois de salaires des fonctionnaires congolais lui a été refusée. En retour, il menace les compagnies pétrolières de revenir sur ses accords. En représailles, ces mêmes compagnies pétrolières distillent des informations désobligeantes sur monsieur Sassou Nguesso et son clan familial.   

Total E&P Congo et ENI Congo SA ont toujours menti aux Congolais sur la vraie valeur de nos barils de brut. Ils ne sont attirés que par nos richesses et leurs actions sont guidées par le désir de préserver leurs intérêts au Congo-Brazzaville contre la volonté du peuple congolais. Pour eux tous les moyens sont bons si cela leur permet de garder la main sur nos ressources. La filiale Total E&P Congo représente une part non négligeable de la production mondiale de pétrole de Total.    

Qu’à cela ne tienne, monsieur Sassou Nguesso signera en octobre 2020 le renouvellement du contrat du terminal pétrolier de Djéno au profit de Total E&P Congo, et nous voilà repartis pour un autre tour de calvaire, un chemin de croix, d’une croix si lourde à porter par le squelettique peuple congolais qui n’a plus que la peau sur les os. C’est un triste spectacle auquel nous assistons. Mais, nous avons le droit et le devoir de changer le cours de l’histoire. Cela ne tient qu’à nous d’être fièrement debout afin de braver cette tyrannie.   

C’est dommage après presque 60 ans d’indépendance, que le Congo-Brazzaville ne soit pas capable de gérer son terminal pétrolier comme le fait le Qatar. C’est la caractéristique d’un bateau ivre sans boussole qui tangue au gré des courants marins. 

L’aptitude à façonner le Congo-Brazzaville est notre devoir, le pays est en captivité. Le peuple congolais doit être au centre de nos réflexions car il mérite la dignité. Nous devons porter en nous les conséquences de nos actes. On a l’obligation morale de faire des jugements basés sur des faits. Les faits sont têtus, le Congo-Brazzaville va mal. C’est un travail de longue haleine qui nous attend et nous devons nous y atteler dès à présent. 

Le rendez-vous est pris pour Octobre 2020 où le peuple Congolais sera encore le dindon de la farce à défaut d’être assis à la table des invités. Nous devrions arracher ce carton d’invitation pour un débat public sur la gestion du pétrole congolais source de tous nos maux. Gageons que notre Assemblée nationale faite de députés godillots puisse se saisir du problème ; Mais là encore c’est une autre paire de manches. 

En tout état de cause, après tant d’années d’exploitation par Total E&P Congo et au regard des expertises acquises, le terminal pétrolier de Djéno doit revenir dans le domaine public congolais. Cette décision est plus que nécessaire si l’on veut avoir un impact sur la vie de nos concitoyens en utilisant au mieux nos ressources.     

Dorénavant, notre seul leitmotiv doit se résumer en ce que disait le révolutionnaire mexicain Emiliano Zapata : « Mieux vaut mourir debout que vivre toute une vie à genoux. » 

C’est aussi ça la dignité pour un peuple qui maintiendra intacte son envie de vaincre cette dictature. 

Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

Diffusé le 26 juillet 2929, par www.congo-liberty.com

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