PAIX, DROITS DE L’HOMME ET LA RÉPUBLIQUE. Par Dieudonné-Antoine GANGA

Dans le monde d’aujourd’hui où nous vivons, il est important de signaler que l’homme dans son être social et politique, comme dans son être spirituel et culturel, apparaît le plus souvent déchiré, perdu, brisé, emporté par les tempêtes d’une histoire qui va de plus en plus vite. Cet homme, c’est vous et moi. C’est aussi cet homme que vous et moi nous rencontrons tous les jours, dans nos villages, dans nos quartiers, dans nos villes, dans nos départements ; c’est enfin cet homme qui vogue comme un bateau sans radar, celui qui ne sait plus où il en est, celui dont le seul espoir est la paix (avec un grand P) et dans le respect de ses droits dans une république digne de ce nom.

Mais qu’est-ce que la paix ? Selon le dictionnaire Larousse, ‘’la paix est la situation d’un peuple qui n’est pas en guerre, d’une personne ou d’un groupe qui vit en bonne intelligence avec son entourage. Elle est aussi la tranquillité, la quiétude que rien ne trouble.’’ De son côté, le Concile Vatican II affirme que ‘’la paix n’est pas simplement une absence de guerre, qu’elle ne se réduit pas à l’établissement d’un équilibre entre forces adverses, qu’elle ne provient pas d’une domination despotique, mais il est tout à fait exact et approprié de l’appeler l’œuvre de la justice.’’ La justice, vertu morale qui réside dans la reconnaissance et le respect des droits d’autrui.

Pour que la paix ne soit pas un slogan creux, il faut passer de la violence au dialogue, de la domination au service, du profit à la solidarité, de l’exploitation à la justice, de l’oppression à la liberté, du mensonge à la vérité. Il nous faut aussi éviter d’être des pyromanes qui, après avoir allumé l’incendie se métamorphosent en pompiers, des personnes qui, comme le dit le psalmiste, ‘’n’ont pas de sincérité dans leur bouche ; des personnes dont le cœur n’est que mensonge ; des personnes dont le gosier est un sépulcre ouvert et qui ne se servent de leur langue que pour châtier.’’ Il faut plutôt vulgariser la culture démocratique qui doit faire de nous Congolais, des citoyens d’une société libre, égale et fraternelle cherchant à satisfaire leurs intérêts par un travail honnête et non par la délation (le ngongisme), à exercer leurs droits et à se sentir responsables de leur existence. 

Une culture de paix ne peut se développer que si la qualité de vie de tout le monde est satisfaisante. Ce qui passe par une large participation des populations à un développement endogène.

L’appel lancé, il y a quelques années, par Federico Mayor, l’ancien directeur Général de l’UNESCO, en faveur de la culture de la paix dans le monde, est là pour nous convaincre. En voici un extrait :

« Je lance un appel à tous les Chefs d’État et de Gouvernement, aux philosophes, aux enseignants, à tous ceux qui exercent une autorité dans la société civile, aux membres des communautés religieuses, aux parents et aux jeunes du monde entier, pour leur demander :

  • De promouvoir l’apprentissage et l’exercice de la culture de la paix, tant dans le cadre de l’éducation formelle et non formelle que dans les diverses manifestations de la vie quotidienne ;
  • D’œuvrer à la construction et au renforcement de la démocratie, instrument privilégié de la négociation d’un règlement juste et pacifique des conflits ;
  • De s’efforcer d’attendre un développement humain qui s’étende à l’ensemble de la population et qui valorise ainsi les capacités sociales et les potentialités humaines de chacun des membres de la société ;
  • De privilégier les contacts, les échanges et la créativité culturelle, aux niveaux national et international, en ce qu’ils sont le moyen de la prise en compte et du respect de l’autre et de ses différences ;
  • De renforcer la coopération internationale afin d’éliminer les causes socio-économiques des conflits armés et des guerres, et de rendre possible la construction d’un monde meilleur pour toute l’humanité. »

D’autre part, Jacques Moreillon estime que ‘’la paix n’est pas simplement l’absence de guerre, mais un processus dynamique de coopération entre toutes les régions et toutes les tribus, cette coopération étant fondée sur le respect de la liberté, de l’indépendance, de l’égalité des droits de l’homme, ainsi que sur une juste et équitable répartition des ressources pour pourvoir aux besoins des populations. ‘’

 Quant aux droits de l’homme, ils sont contenus dans la Déclaration Internationale des Droits de l’Homme, adoptée par l’O.N.U. le 10 décembre 1948, qui énonce les principes relatifs aux droits individuels, économiques, sociaux et culturels, et aux libertés publiques, fixant les rapports des individus et de la société.

Malheureusement, il nous a été donné de constater que lesdits droits repris dans les Constitutions de nos pays, étaient pour la plupart bafoués et violés par tous ceux qui étaient censés les promouvoir et les défendre. Ces droits vivent aujourd’hui des temps incertains : l’errance, l’exil, la faim, le chômage, le manque de structures sanitaires et scolaires, les angoisses, les séquestrations, la prison et ses horreurs et humiliations qui atteignent l’homme au cœur de lui-même. L’on ne dira jamais assez comme l’on ne combattra jamais assez pour la liberté et pour la paix, mes violons d’Ingres.

Mais les droits de l’homme ne s’arrêtent pas là où finissent la prison ou l’exil ou encore l’errance. Ou plutôt, il existe d’autres exils, d’autres prisons et d’autres errances. Comme par exemple, dans le département du Pool qui a urgemment  besoin d’un ‘’Plan Marshall’’ pour l’aider à renaître tel un phénix de ses cendres ; comme ces populations du Pool qui, depuis vingt-deux ans veulent connaitre les tenants et les aboutissants de la guerre entre Ntoumi et l’armée congolaise dont elles ont payé un lourd tribut, et que vient de dénoncer avec courage le ministre Bonaventure Mbaya qui à ce propos, a déclaré : ‘’Voici donc vingt-deux ans (1998-2020) que les populations du Pool vivent, dans leur département, une guerre quasi permanente entre le pouvoir de Brazzaville et Ntoumi. Cette guerre a été ponctuée par deux semblants « accords de paix » et de cessation d’hostilités, inachevés et sabotés pour laisser l’opportunité de jouer à la reprise des hostilités en cas de besoin, à tout moment ; c’est ce qui arrive en ce moment encore.‘’ Comme par exemple, le père de famille qu’un implacable désordre économique laisse sans emploi et donc sans salaire ; comme ce retraité ou ce fonctionnaire qui attendent leur pension ou leur salaire pendant des mois ; ou ce fonctionnaire qui attend des lustres, son arrêté de concession de retraite ; cet homme est un exilé, un ‘’Lazare’’ dans son quartier, dans son arrondissement, dans sa ville, dans son village, dans son département. Cet homme marche, lui, aussi, à la recherche d’un avenir où sera reconnu son droit à l’existence en même temps que sa dignité, son droit d’être un homme.

Quand sera-t-il le jour de bonheur pour toutes ces personnes qui se sentent perdues, celles qui ne savent plus où aller, celles qui se terrent dans le noir, celles qui à cause de l’oisiveté errent dans nos campagnes et dans nos rues sans but, celles qui ne connaissent que la solitude, celles qui ne parlent pas où souffrent en silence, celles dont les droits de l’homme, c’est-à-dire celles d’être un homme, sont bafoués quotidiennement ? Toutes ces personnes vivent comme dans un ‘’ goulag. ‘’ Vivrions-nous dans un ‘’goulag’’ que nous ignorons ?

Les droits de l’homme n’ont pas la moindre chance d’être respectés et garantis à tous, aussi longtemps que la richesse, l’arrogance et le bonheur de quelques-uns seront nourris dans le monde par la misère des autres. N’oublions pas que les égoïsmes, les imprudences de ceux qui prétendent savoir, ont dans l’histoire fait la gloire de quelques-uns et souvent le malheur de tous les autres. ‘’L’on ne peut pas à la fois se poser en défenseur de l’unité, de la paix d’un pays et refuser tout dialogue ou compromis avec ceux qui ne pensent pas comme vous ou ne parlent pas votre langue. » dixit Bernard Demonty.

Les congolais vis-à-vis des droits de l’homme et de la paix ne doivent pas, comme je l’ai déjà affirmé, ‘’être les témoins passifs d’une barbarie sans cesse renouvelée.’’ Ils ne doivent pas se lasser de clamer avec courage, l’exigence de la justice, de l’égalité, de la liberté, de la fraternité, de la tolérance, de la paix et du bonheur entre les hommes. Cette exigence qui, à mon humble avis, devrait être au cœur de tous les hommes en général et de tous les congolais en particulier, qui devaient en bannir la haine, la médisance, la jalousie, l’envie et tous les autres défauts qui les avilissent et les détruisent.

Il est temps que nous les chrétiens, les croyants, les humanistes, pour ne point être traités un jour, de ‘’fossoyeurs de la République et de la paix’’ de coupables ou de complices tacites de ce que l’on appelle ‘’crimes de silence’’, nous commencions à donner au monde ‘’le pain de la paix, des droits de l’homme, de la science et du progrès.’’Car aujourd’hui, comme l’affirme notre compatriote Lydie Patricia Ondziet ‘’plus que jamais, l’État a besoin que chaque congolais se mobilise pour permettre sa continuité et son émergence. Cette mobilisation devrait s’effectuer à plusieurs niveaux, en partant du sommet avec les pouvoirs publics, jusqu’à la base avec la société civile…Chaque citoyen et résident doit comprendre qu’il a une part de responsabilité et sa pierre à apporter à l’édifice que représente la République du Congo.’’ Mais qu’est-ce que la République ? 

La République est ‘’la chose publique. Elle est État, quelle que soit sa forme de gouvernement où des représentants élus par le peuple sont responsables devant la Nation.’’ C’est pourquoi, la République s’est de tout temps voulue vectrice de message de liberté, de paix, de concorde et de justice. La République, c’est faire de l’individu le responsable de la vie, non seulement vis-à-vis de lui-même, mais aussi de la collectivité. La République, c’est mettre au premier plan, le respect de la dignité de l’homme, rejeter le tribalisme, les néo tribalismes, le régionalisme et c’est bannir les imprudences de ceux qui prétendent savoir ou avoir raison. La République, c’est aussi enseigner la citoyenneté responsable non seulement de façon formalisée, mais aussi par l’exemple et par le dépassement de soi. La République, c’est enfin veiller à l’avenir de tous les Congolais. Cet avenir, il appartient à tous de l’imaginer et de le promouvoir. Car, comme l’a dit Carrel, ‘’l’avenir n’appartient qu’à ceux qui risquent tout pour un idéal. Et la sagesse, ajoutait-il, n’est pas de vivre pour ne rien faire, pour s’amuser stupidement, mais c’est de vivre héroïquement.’ ’  De son côté, Nelson Mandela nous dit : ‘’grâce aux efforts conjoints des hommes, l’injustice peut être vaincue et que tous peuvent connaitre une vie meilleure.’’

L’esprit de la République doit être la diffusion des valeurs, la promotion de chacun, la capacité à être digne en toutes circonstances, la lutte contre le tribalisme, contre l’exclusion, contre la brutalité.

Combattons le tribalisme par la connaissance de l’autre. Car c’est l’ignorance qui provoque la peur de l’autre. Croyons à l’intégration de la différence. C’est pour cela qu’il nous faut apprendre très tôt aux jeunes à respecter l’opinion de celui qui pense autrement.

Oublions donc ce qui nous divise, soyons plus unis que jamais en donnant la priorité à notre pays, le Congo, et pour la véritable paix afin que le peuple congolais vive dans le bonheur et dans une paix véritable et permanente.

Avec Martin Luther King Junior, affirmons que ‘’nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots.’’ J’ai dit.

Dieudonné ANTOINE-GANGA

Ancien Ministre des Affaires étrangères du Congo-Brazzaville (1991-1992)

Ancien ambassadeur du Congo à Washington (USA) et à Addis Abeba (Éthiopie)

Diffusé le 02 aout 2020, par www.congo-liberty.com

Avec le racisme, le tribalisme et l’exclusion, serions-nous tous, les témoins passifs d’une barbarie sans cesse renouvelée ?

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