GEORGES CLEMENCEAU ET SON PLAIDOYER CONTRE LA COLONISATION, LE 30 JUILLET 1885

Georges Clemenceau« Je passe maintenant à la critique de votre politique de conquêtes au point de vue humanitaire. […] » Nous avons des droits sur les races inférieures.  » Les races supérieures ont sur les races inférieures un droit qu’elles exercent et ce droit, par une transformation particulière, est en même temps un devoir de civilisation. Voilà, en propres termes, la thèse de M. Ferry et l’on voit le gouvernement français exerçant son droit sur les races inférieures en allant guerroyer contre elles et les convertissant de force aux bienfaits de la civilisation. Races supérieures ! Races inférieures ! C’est bientôt dit. Pour ma part, j’en rabats singulièrement depuis que j’ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande, parce que le Français est d’une race inférieure à l’Allemand. Depuis ce temps, je l’avoue, j’y regarde à deux fois avant de me retourner vers un homme et vers une civilisation et de prononcer : homme ou civilisation inférieure ! […]

Je ne veux pas juger au fond la thèse qui a été apportée ici et qui n’est autre chose que la proclamation de la puissance de la force sur le Droit. L’histoire de France depuis la Révolution est une vivante protestation contre cette unique prétention. C’est le génie même de la race française que d’avoir généralisé la théorie du droit et de la justice, d’avoir compris que le problème de la civilisation était d’éliminer la violence des rapports des hommes entre eux dans une même société et de tendre à éliminer la violence, pour un avenir que nous ne connaissons pas, des rapports des nations entre elles. […] Regardez l’histoire de la conquête de ces peuples que vous dites barbares et vous y verrez la violence, tous les crimes déchaînés, l’oppression, le sang coulant à flots, le faible opprimé, tyrannisé par le vainqueur ! Voilà l’histoire de votre civilisation ! […] Combien de crimes atroces, effroyables ont été commis au nom de la justice et de la civilisation. Je ne dis rien des vices que l’Européen apporte avec lui : de l’alcool, de l’opium qu’il répand, qu’il impose s’il lui plaît. Et c’est un pareil système que vous essayez de justifier en France dans la patrie des droits de l’homme !

Je ne comprends pas que nous n’ayons pas été unanimes ici à nous lever d’un seul bond pour protester violemment contre vos paroles. Non, il n’y a pas de droit des nations dites supérieures contre les nations inférieures. Il y a la lutte pour la vie qui est une nécessité fatale, qu’à mesure que nous nous élevons dans la civilisation nous devons contenir dans les limites de la justice et du droit. Mais n’essayons pas de revêtir la violence du nom hypocrite de civilisation. Ne parlons pas de droit, de devoir. La conquête que vous préconisez, c’est l’abus pur et simple de la force que donne la civilisation scientifique sur les civilisations rudimentaires pour s’approprier l’homme, le torturer, en extraire toute la force qui est en lui au profit du prétendu civilisateur. Ce n’est pas le droit, c’en est la négation. Parler à ce propos de civilisation, c’est joindre à la violence, l’hypocrisie. »

JULES FERRY ET LES FONDEMENTS DE LA POLITIQUE COLONIALE : les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures…

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4 réponses à GEORGES CLEMENCEAU ET SON PLAIDOYER CONTRE LA COLONISATION, LE 30 JUILLET 1885

  1. Dieudos Eyoka dit :

    Qui, Congolais, Français ou Martien, écrira le plaidoyer contre le pillage du Congo par le clan de Sassou NGuesso ?

  2. Jean-Claude Maillard dit :

    Cette fois encore des mots surchargés de sens permettent de confondre des notions bien différentes en les lisant dans de très beaux discours. Pour moi deux tares : le racisme et la violence. Deux motivations : l’argent et la religion.
    En simplifiant on justifie de faire la guerre au nom d’un « idéal » pour régler un « problème »
    Ce qui veut dire qu’il y a un double niveau de questions
    1: qui va profiter des violences (réalité souvent cachée),
    2: quel idéal acceptable peut les justifier à ceux qui vont en subir les conséquences.
    L’explicitation du « problème » en découle .
    Exemples de problème : faire usage d’armes de destruction massive, propager le terrorisme
    Ceci est archi connu
    Le racisme évolue : on passe de la notion de supériorité (races inférieures) a celle de la haine (blanc/noir)
    Quant à la violence, je ne connais que le Costa Rica qui depuis 1948 n’a plus d’armée.
    Je me garde de développer ce sujet car l’opinion est contre moi, tant qu’il reste un amalgame solide cristallisant le nationalisme, l’uniforme et le drapeau.
    Plus criticable encore serait de dire que la religion tue un peu comme le tabac. Facile à montrer depuis l’époque des templiers.

  3. Mascad dit :

    Tout ça c’est bien, mais il est quand même l’homme qui avait dit :
    « Une goutte de pétrole vaut bien une goutte de sang ».

  4. metacryptic dit :

    Pour ma part je regarde avec beaucoup de défiance les arguments idéologiques dont sont friands les Français … et les Africains !
    L’Histoire est malheureusement beaucoup moins modélisée que nos pensées. Si l’on soulève le voile idéologique, que reste-t-il ?
    La russie soviétique est restée un empire russe tsariste qui s’est coloré de rouge, la chine communiste un empire chinois qui s’est drapé de rouge, ces deux derniers mutent actuellement avec beaucoup de facilité vers un capitalisme d’empire aux mêmes fondements anthropologique et politiques ….
    Par ailleurs, je me méfie aussi de toute pensée de système qui un jour ou l’autre se retourne contre la réalité ne cristallisant des problèmes de passage et enferme les acteurs du système dans un réseau d’impasses intellectuelles et finalement concrètes.
    Je veux dire par là que l’Afrique Francophone est prisonnière tout comme la France de cet héritage qui persiste à se reproduire dans les mentalités grâce aux idéologues et à ceux qui en vivent.
    La danse de ce que l’on a appelé le « colonialisme » puis la « françafrique » est une danse qui s’effectue à deux !!
    Le millefeuille administratif français correspond tellement à la culture de pouvoir africaine ! je n’y vois là que beaucoup de points communs entre nos deux peuples !
    Nous sommes emprisonnés dans cette vision culpabilisante côté français (= »pays de salauds ») et de démission victimaire côté africain (= »c’est la faute des autres »).
    Mais que l’on ne se trompe pas il s’agit là encore d’un piège idéologique !
    Idéologie qui sert ceux qui n’ont pas intérêts ou ont peur du changement dans leur pays et chez nous, en France, une idéologie qui accompagne notre lente descente morbide vers le Néant.
    Je pense pour ma part que ces guerres sont irrémédiablement datées et je persiste à dire qu’elles ne sont pas les miennes ni celles des Africains contemporains.
    Nous avons la chance d’avoir ce quelque chose d’historique qui nous a rapproché, à nous de construire une collaboration saine entre pays amis et adultes.
    Ne gagnerions nous pas mieux à être un peu plus pragmatiques ?
    C’est là, du moins, mon opinion.
    En attendant un changement salutaire pour tout le monde,
    salutations chaleureuses à mes amis Africains !

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