RETOUR SUR LE MANGUIER : Lettre ouverte à Denis Sassou Nguesso. Par Yvon MOUGANI

sassou nguessoMonsieur Denis Sassou Nguessso

Les dernières interventions médiatiques de plusieurs de vos collaborateurs ont alerté l’opinion politique nationale et internationale sur une éventuelle reforme de la constitution du 20 janvier 2002, onze années après son adoption et son application effective.

Bien qu’ayant alimenté le débat dans toutes les sphères, aucune déclaration gouvernementale n’a officialisé cette prétendue reforme pourtant les prémisses de cette réforme semblent bien définis.

Si tenté qu’il est nécessaire de modifier la constitution du 20 janvier 2002, la question centrale serait à quelle fin ?

Les réelles motivations de cette reforme, son orientation laisse planer des doutes et interpelle notre conscience et nous rappelle à nous notre devoir de résistance à toute tentative rétrograde de la marche de notre pays vers une véritable démocratie.

Permettez nous Monsieur Denis Sassou Nguesso de vous exprimer ici notre vigilance et notre réprobation face à de telles initiatives.

Changer la constitution dans quel but ?

Toute reforme visant son actualisation, l’amélioration du fonctionnement des institutions et une meilleure protection des droits et liberté des citoyens devraient être à notre sens le seul et véritable motif. C’est ainsi que nous saluons l’initiative de Monsieur Marion Mandzimba pour la précocité de son « Bilan et perspectives de la constitution du 20 janvier 2002 ». Nous ferons ici nôtres, quelques unes de ses réflexions qui devraient selon nous, servir de base à cette reforme annoncée.

A titre d’exemple :

  • Le bannissement du « Césarisme constitutionnelle » à travers l’irresponsabilité du pouvoir exécutif face au pouvoir législatif ;

  • Le renforcement du pouvoir de contrôle du parlement ;

  • La décentralisation ;

  • Le droit de vote des congolais vivant à l’étranger aux scrutins majeurs (référendum, élection présidentielle)……

A noter la conservation des certaines dispositions auxquelles sont dévolus le caractère « intouchable », à savoir les dispositions sur :

  • l’intégrité territoriale ;

  • la forme républicaine et le caractère laïc ;

  • la barrière supérieure de l’âge des candidats à la présidentielle ;

  • le nombre de mandats du président de la république.

Pour ce qui est des modalités sur la conduite de cette réforme, nous restons favorables à un élargissement du débat à tous les acteurs politiques, la société civile et les confessions religieuses compte tenu de la faible représentativité des « voies contraires » au parlement.

Que constatons-nous Monsieur Denis Sassou Nguesso ?

 Une fixation de vos collaborateurs sur la question de votre avenir politique et sa primauté aux dépends des grandes priorités nationales.

Ainsi votre ancien Directeur de campagne et actuel Ministre des télécommunications, Monsieur Moungalla, avait déclaré « être prêt à soutenir toutes tentatives de reforme visant à vous permettre de vous représenter aux futures élections présidentielles ».

Votre ancien Secrétaire général à la présidence, actuel Président du club de réflexions « Réalités et Perspectives » déclarant quant à lui que « Toute loi, toute constitution, comme la notre, naît vit et meurt ». Une mort de la constitution actuelle étant comprise comme faire table rase sur le plan institutionnel et créer de nouvelles conditions vous permettant de vous représenter bien sûr aux prochaines élections présidentielles en 2016.

A noter aussi, l’apologie au « Continuisme » de votre Monsieur Presse Monsieur Pigasse dans son éditorial du 20 février 2013 dans les dépêches de Brazzaville.

Tous convergent vers une réforme visant uniquement la levée de la barrière de l’âge des candidats aux élections présidentielles et le nombre de mandats pour vous maintenir à la tête de l’Etat. L’unique préoccupation voyez-vous est votre sort votre avenir et non celui de la démocratie et du peuple.

Monsieur Denis Sassou Nguesso, toutes ces initiatives sont contraires à l’esprit de votre engagement pour servir le Congo, nous attirons votre attention et vous exhortons de vous abstenir de tout soutien à celles-ci.

Monsieur Denis Sassou Nguesso , parlons vrai pour l’Afrique, parlons vrai pour notre pays le Congo !

Vous formuliez que le Congo est votre vie, que vous consacriez votre vie au Congo. Votre engagement a pris forme dans cette dynamique entre votre terroir, lieu de votre initiation aux rites Mwéné pour la gestion de la cité et Brazzaville lieu de la mise en œuvre de ces principes. Ce très long chemin qui vous a arraché à votre famille, votre communauté tribale, qui vous a appelé à conduire aux destinées de la grande communauté nationale.

Premièrement entre 1979 et 1992, douze années d’exercice dont les deux dernières, sans aucun doute, les plus difficiles et les plus marquantes. Contre vents et marrées, vous aviez tenu le gouvernail. Vous aviez perdu le contrôle du processus démocratique, vous aviez été traîné dans la boue, vous êtes résolu à accompagner ce processus en toute responsabilité.

Inaudible pourtant, mais juste un bout de phrase, une courte conjugaison « J’assume » a interpellé le peuple. Le petit bout par lequel votre destin s’était relié au peuple. C’est aussi l’amorce d’une réflexion au V.I.T.R.I.O.L. que vous aviez partagé au peuple congolais, nous pensons à votre œuvre littéraire intitulée « Le fleuve, le manguier et la souris » ;

Vous y aviez prôné un renouveau et aviez placé votre retour aux commandes sous le signe du « refus », refus de la destruction de certains acquis obtenus après des années de dures labeurs.

Pour la seconde fois depuis 1997, après avoir enjambé les morts, ce que vous refusiez auparavant.

Vous aviez repris en main le processus démocratique, vous vous êtes engagé à doter le Congo des institutions démocratiques pérennes, à redorer l’image du Congo longtemps plaque tournante de la lutte pour l’indépendance des pays d’Afrique australe et contre l’Apartheid, à améliorer les conditions de vie des Congolais.

De la Nouvelle Espérance au Chemin d’Avenir, les congolais savent quel bilan en faire.

Nous ne nous attarderons pas sur les aspects négatifs, car tout n’est pas parfait, la corruption et la concussion continuent de gangrener le pays, comme vous l’avez reconnu vous-même dans votre Discours d’intronisation du 14 août 2009 (cela n’est pas une singularité congolaise).

Nous retenons cependant que le pays a avancé sur le chemin de la paix, le défi énergétique (moteur de l’économie) est en passe d’être relevé, quelques infrastructures ont été construits, et des améliorations sont certainement attendus d’ici 2016, le temps pour vous de passer le témoin à une nouvelle génération. Et le Congo que vous aviez servi vous dira merci et se proposera que vous lui serviez autrement.

Pourquoi rempileriez-vous Monsieur Denis Sassou Nguesso ?

Rempileriez-vous parce que le pays n’est pas prêt ? Fuyiez-vous le risque de déstabilisation du pays ou votre risque personnel  (dont nous ne savons lequel)?

Rempiler, Monsieur Denis Sassou Nguesso, ne servirait ni vos intérêts personnels encore moins à ceux du pays et du peuple congolais.

Rempiler, aller dans le sens de Monsieur Longombé ou Monsieur Mougalla ou Monsieur Pigasse, serait un mauvais signe qui renvoie à un infanticide «  tuer votre propre bébé ». Laisser mourir votre œuvre contraste à ce que vous refusiez. Quel homme supporterait de voir détruit, parfois de façon irrémédiable, ce qu’il a patiemment édifié avec l’aide de son peuple ? Aucun homme digne de ce nom, répondiez-vous.

Rempiler c’est nourrir le cycle de l’inflation constitutionnelle que subit notre pays depuis son indépendance.

Où serait votre crédit ? Que restera t-il des valeurs que vous portez, de la morale de la rectitude, de la fidélité et du respect de la parole donnée ?

Confucius disait « Celui qui en présence d’un profit à retirer, se rappelle de la justice, qui après de longues années n’oublie pas ses engagement, celui là peut être considéré comme un homme accompli ».

Et vous, Monsieur Denis Sassou Nguesso , de quel côté êtes-vous ?

Rempiler tranchera avec votre admiration pour Ho chi Minh, qui disiez-vous « ne voulut rien pour lui-même », pour Garibaldi et Bismarck qui avaient réalisé l’union de leur pays et accéléré ainsi l’histoire.

Comment souhaiteriez-vous marquer l’histoire de notre pays ? Que restera t-il de l’homme des actions concrètes, le bâtisseur infatigable ?

Rempileriez-vous parce que vous n’estimiez pas encore avoir conjuré les risques de convulsions de notre pays, de la résurgence de la violence politique? Rempileriez-vous pour parachever votre œuvre ?

Chaque pas vers la perfection d’une œuvre, Monsieur Denis Sassou Nguesso, crée de nouveau défaut sur celle-ci. C’est l’éternel recommencement : aucune œuvre n’est jamais parfaite.

Nous sommes des humains, Monsieur Denis Sassou Nguesso, et l’orient éternel notre destinée. Nul n’est prévenu à l’avance de l’instant de ce périple. Lorsqu’il nous arrive d’entamer ce périple, on ne se préoccupe guère de nos dettes, de l’avenir de nos enfant peut en importe leur jeunesse. Il en sera de même pour notre pays le Congo.

Rempileriez vous parce qu’il n’y a personne d’autre à part vous capable d’assurer la responsabilité de conduire le pays vers la démocratie et la paix ?

Où est alors ce Congo des hommes sages et intelligents auquel vous croyiez pourtant ? Où est ce Congo qui se refuse aux dictateurs omniscients ? Où sont ces congolais, ses hommes et femmes de talents, d’énergie et de sagesse, doués pour la démocratie que vous louiez ?

Ont-ils été écrasés sous les bottes du régime ? N’y a-t-il plus de résidus à l’échelle nationale, au sein de sa jeunesse, sa Diaspora ?

Non, Monsieur Denis Sassou Nguesso, « the Buck doesn’t stop here », après-vous ce n’est pas le chaos, après vous il est des hommes et femmes talentueux, énergiques, sages et intelligents capable de présider aux destinées de ce pays, de le conduire vers la démocratie dans l’unité et la paix.

Monsieur Denis Sassou Nguesso, hier c’était les multiples tentatives de brimades et de vexations, et le spectacle tumultueux de Brazzaville, qui vous conduisaient à réamorcer cette dynamique inverse, ce retour vers votre terre natale, terreau nourricière de la sagesse et de la force de votre engagement.

Aujourd’hui, Monsieur Denis Sassou Nguesso, nous vous exhortons à fuir les sirènes assourdissantes de vos courtisans, leur flagornerie mauvaise conseillère. Monsieur Denis Sassou Nguesso, l’ombre du manguier et la mélodie reposante des flots de l’Alima inspirent et sont plus propices à une réflexion sur la nécessité de servir autrement le Congo qu’à sa présidence.

C’est déjà une grande victoire pour vous, une grande consécration que de faire l’unanimité des opposants à votre personne, à votre système, contre toute modification de cette même constitution qu’ils ont toujours décrié. N’est-ce pas le signe de son acceptation bon gré mal gré ?

En 2016, Monsieur Denis Sassou Nguesso , veuillez songer à servir le pays pour le mieux en back-office, de rejoindre le conseil des sages pour lui faire profiter de votre expérience, de votre connaissance des hommes et se mettre en arrière garde afin de permettre aux institutions de survivre à leur première et véritable épreuve de l’alternance démocratique.

Ce qui scellera la pérennité de ces institutions et à jamais votre victoire. Cela renforcera aussi la légitimité de cette constitution et son acceptation définitive du peuple congolais.

Nul ne connaît l’histoire de la prochaine aurore vous dites souvent, mais comme l’a dit John petit Senn, «  Le grand homme doit se retirer par moment pour ne pas fatiguer l’admiration, car si brillant que soit le soleil il aurait bien tort de ne pas se coucher ».

Veuillez agréer, Monsieur Denis Sassou Nguesso , l’expression de nos sentiments distingués.

Yvon MOUGANI pour les « Invisibles et les Sans Voix ». 

Diffusé le 12 mars 2013, par www.congo-liberty.com

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11 réponses à RETOUR SUR LE MANGUIER : Lettre ouverte à Denis Sassou Nguesso. Par Yvon MOUGANI

  1. J. NIGER dit :

    TRIPATOUILLER la constitution serait une déclaration de guerre. Le peuple congolais qui ne voit Sassou que comme un despotique et kleptomane, en ferait désormais un « pinochet » à pendre haut et court.

  2. KiBiri Monama dit :

    Yvon juste te dire merci pour cette lettre et courage frero. Sassou comprendra t’il qu’ en 2016 il doit passer le temoin ?

  3. Ata Ndele dit :

    Monsieur Moungani,

    Toutes mes félicitations pour votre excellente lettre, pleine de sagesse et avec un ton très mesuré. Cependant dites-vous aussi que comprendre n’est pas donné à tout le monde. je crois que vous avez aussi compris que M SASSOU est plus entouré de courtisans que de conseillers. Et cette situation, je pense qu’il en est conscient.
    Ce que l’on peut dire de votre belle lettre « A BON ENTENDEUR, SALUT »

  4. LOLAKA dit :

    Mr YVON MOUNGANI a fait une analyse pertinente de la situation dans laquelle se trouve le Congo, cette méthode respectueuse et pleine de sagesse force l’admiration. Sans passion il a abordé le problème avec beaucoup de pragmatisme. J’espère de tout cœur qu’ils le liront et suivront ses sages prescriptions. « Servir son pays autrement que de rester cramponner à la présidence de la République », voilà l’idée que je retiens de cette analyse.

  5. Marché total dit :

    Monsieur Moungani,

    J’ai lu avec attention votre papier qui intéllectuellement tient la route, sauf que sassou nguesso n’écoute pas les paroles mielleuses, ni molles comme les vôtres.
    Je suis aussi étonné que vous consacrez la constitution illégale du dictateur que vous amenderez volontier, sans parler de notre constitution de 1992 que vous ignorez totalement et dont vous ne parlez guerre ?
    Votre discours est plutôt celui d’un moine ou prêtre catholique, c’est du andré Milongo
    Mais au moins, vous exposez votre réflexion et cela participe au débat.

  6. Tadi dia bissengo dit :

    Marché total zoba, ne met pas milongo là dedans, et kolela le dur est où ?

  7. IKA dit :

    Voila un encore un fou qui cherche un poste ou bien une reconnaissance auprès du grand KANI. Ce petit qui est manipulé par Monsieur Marion Mandzimba, publie une lettre que lui a donné son chef Marion pour dédouaner Sassou Nguesso. Pour ce pauvre garçon, c’est seulement ses collaborateurs qui sont mauvais mais, ce qu’il refuse de reconnaitre est que, c’est le grand KANI lui-même qui les pousse à se lancer dans la manipulation de la population pour la modification de la constitution. Les laris sont vraiment des pauvres types. Yvon tu est un traitre, le faite d’être marié à une Mbochi d’OYO ne fait pas de toi un Mbochi. Depuis quand ton Marion est contre la modification de la constitution ? Tu n’es qu’un menteur Yvon ! Au fait qu’est-ce que tu cherche à montrer avec ta lettre, que SASSOU NGUESSO n’est pas au courant de cette manipulation ? Tu es un traitre, ta place n’est pas dans la diaspora, ni dans l’opposition mais à Mpila.

  8. IKA dit :

    Yvon à titre d’information, sais-tu que ton Marion Mandzimba était le directeur de cabinet du ministre de la défense qui a planifié et fait la guerre dans le Pool, Bouenza, Niari, Lékoumou, Brazzaville sud (Bacongo et Makélékélé) ? Soit tu es traitre, soit tu es naïf. Le fait de citer son nom prouve que tu es traitre depuis longtemps. Le jour que SASSOU partira le peuple te demandera des comptes. Yvon combien des gens tu as déjà fait tuer pour SASSOU NGUESSO !

  9. Saint de Potal dit :

    Yvon , Marion je te le repete etait le directeur de cabinet de Lekoundzou pendant la guerre du pool, il n’a jamais demande pardon au peuple, venir sur la toile se referer a ce macon c’est etre complice de Sassou comme Marion.Mario ne frequente plus les Lekoundzou du fait d’etre traitre.Yvon la prochaine fois renseigne toi avant de sortir les betises.Ndzon=Marion,ya King,Mierassa,Tati wuta le grand Tiyunga et tous les serpents.

  10. Anonyme dit :

    Mes félicitations à YVON MOUGANI , parceque la survie du congo , nous imposent à tous, de sortir de la nonima , car la dispora congolaise de france doit massivement s’opposer à la visite éventuelle du bouger d’oyo à l’Elysée , ont marquant de leurs présence active aux alentour de l’élysée , sinon le président HOLLONDE lui signéra le quitus pour le changement de la constitution , mon frère yvon je vois que la mafia congolaise essaie de te déstabiliser mais tient bon mon frère , car l’avenir nous appartient !!! QUE VIVE LE CONGO LIBRE.

  11. moukouyou mikouo jean grace dit :

    VAUT MIEUX MANGER UN POISSON A LA SAUCE TOMATE ET LE PAIN EN PAIX QUE DE MANGER UN POULET A LA SAUCE TOMATE EN GUERRE D OU LA STABILITE DU PAYS EST RASSUREE AVEC MR SASSOU,D’OU IL DOIT CHANGER DES PERSONNES QUI POURRANT DETRUIRE SA REPUTATION ET CES PROJETS JE CROIS QU IL A FAIT LA PAGAILLE MAIS IL VEUT MAINTENANT TRAVAILLER. MAIS CE QUI ME FAIT MAL EST A T IL DES CONSEILLER POUR MOI IL DEVAIT FAIRE CES PROJETS DANS LES ZONES PRODUCTRICES DANS LE CONGO PAR EXEMPLE LE PLATEAU PRODUIT QUOI AU CONGO? POURQUOI 500MILLIARD EN GUISE DE QUOI!

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